De la double nationalité

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Selon des statistiques officielles, les Marocains constituent le plus gros contingent des demandeurs de nationalité en Europe. Plus de 60.000 de nos concitoyens ont postulé pour un passeport européen. C’est un chiffre énorme.
Dans le lot, il y a quelques émigrés qui cherchent à se faciliter la vie dans le pays d’accueil. Ceux-là on peut les comprendre. Mais il y a deux catégories sur lesquelles il faut sérieusement s’interroger. Celles des hommes d’affaires et des hauts responsables.
Faire son argent au Maroc, en exporter une partie et se chercher un passeport étranger est un mode de vie chez la nouvelle bourgeoisie. Ce sont les mêmes milieux qui profitent au maximum de l’embellie économique, qui continuent d’exploiter des situations de rente et développent un discours critique, voire nihiliste dans les soirées mondaines.
Certains responsables, y compris politiques, agissent de même. Ils se cherchent une autre nationalité comme une sorte de garantie. Même certains premiers ministres, la plus haute fonction du pays,  ont préféré, une fois leur mission terminée, aller finir leur vie ailleurs.
Ce phénomène est inquiétant parce qu’il traduit un manque de confiance dans l’avenir du pays. N’oublions pas qu’il s’agit de catégories n’ayant aucun problème pour avoir tous les visas désirés. Ce manque de confiance ne s’appuie sur aucune donnée objective. Il est d’autant plus aberrant qu’il provient de ceux qui profitent du système, qui sont au cœur du système.
On ne peut les qualifier d’élite, ce serait leur faire trop d’honneur. L’élite d’un pays est porteuse d’un projet et c’est elle qui tire le reste de la société vers la réalisation de ce projet. Ceux qui ne sont là que pour se réaliser eux-mêmes, se faire un patrimoine en distillant un discours négativiste et en prenant l’avion dès qu’il n’y a plus rien à gratter n’ont qu’un seul qualificatif, profiteurs.
Si on ne peut rien contre les affairistes, on est légitimement fondé à espérer une réglementation pour les hauts responsables. Il est important que les ministres, les patrons d’institutions publiques, les parlementaires, abandonnent la double nationalité. C’est une règle appliquée dans tous les Etats-nations qui se respectent.
Il faut surtout qu’ils ne la recherchent pas alors qu’ils sont en fonction. Un ministre du gouvernement Youssoufi a acquis la nationalité canadienne alors qu’il était à la tête d’un département stratégique.
Ce n’est pas une question de chauvinisme, mais d’engagement dans un devenir collectif. Ceux qui ont choisi de vivre ailleurs sont libres d’un tel choix, mais ceux qui nous dirigent doivent faire preuve d’un engagement réel et d’une confiance tangible dans le projet national.  

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