Maroc

Taza Les raisons de la colère

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A 18 h 30 ce vendredi 6 janvier, Taza paraissait calme et rien n’indiquait qu’il y avait eu, deux jours auparavant, des troubles, copieusement relatés par les médias. Nous entrons dans une ville paisible, le centre ville grouille encore de monde. Taza est belle et bien entretenue. Elle ne respire certes pas l’opulence, mais c’est une cité moderne, avec des rues et des boulevards bien maintenus et propres, ce à quoi plusieurs villes marocaines ne peuvent prétendre. Même les violences du mercredi semblent ne pas avoir eu de grand impact sur la vie normale des Tazis. Un militant local nous confiera d’ailleurs que plusieurs habitants n’avaient rien su des événements du quartier El Koucha. Nous avons tenu à rencontrer les principaux concernés, les diplômés chômeurs ainsi que les jeunes qui ont participé à la bataille avec les forces de l’ordre. Les licenciés chômeurs étaient bien en protestation. Ils avaient même atteint le bureau du gouverneur, un personnage que les habitants du quartier El Koucha et les sans-emploi n’apprécient pas beaucoup et dont ils réclament le départ. Qui a ouvert  les hostilités ? Les étudiants et les chômeurs disent que ce sont les forces de l’ordre qui ont jeté la première pierre. Les autorités affirment que ce sont les manifestants qui ont commencé. Il faudra sans doute une enquête pour le préciser.
Quoi qu’il en soit, à croire les jeunes que nous avons rencontrés, l’ambiance était tendue quelques heures avant le dérapage. Le gouverneur aurait tenu des propos durs à l’endroit des manifestants. Mais nous n’avons que leur version des faits (voir le reportage de Noura Mounib) à ce sujet. Le plus important maintenant est de connaître la vérité. Or la réalité est qu’il y a effectivement un ras-le-bol à Taza. Ceci étant dit, les mécontents sont circonscrits dans deux catégories : les diplômés chômeurs qui réclament l’emploi direct dans la fonction publique, et les habitants du quartier El Koucha qui protestent pour certains contre les montants faramineux des factures d’eau et d’électricité. Pour les chômeurs encadrés localement par l’Union marocaine du travail (UMT) et l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), le processus d’embauche serait entaché de plusieurs irrégularités dont la corruption. Un des licenciés chômeurs affirmera qu’à l’oral d’un concours, son examinateur lui aurait demandé 60.000 DH pour décrocher le poste. Par ailleurs, la contestation touche également l’emploi de personnes étrangères à la ville, alors que les chômeurs pensent qu’ils doivent avoir la priorité. Parmi ces derniers, certains ont obtenu leur licence il y a plus de huit ans. Ils ont participé à plusieurs concours et ont sollicité plusieurs administrations, en vain. Mais ils persistent à réclamer un travail dans le secteur public. C’est qu’à leurs yeux, le secteur privé n’offre pas la sécurité de l’emploi et ne respecte pas la législation du travail. L’administration locale et le gouvernement auraient par ailleurs, selon eux, l’obligation de leur accorder les emplois auxquels ils auraient droit «par la force de la constitution».
L’autre zone de mécontentement provient du quartier El Koucha. Les factures qu’ont reçues certains habitants de la part des régies de distribution d’eau et d’électricité les ont terrassés. Nous en avons vu quelques-unes. Une famille nous a montré sa facture avec un montant de 500 DH. Pourtant, le très modeste logement qu’elle habite peut difficilement avoir une telle consommation. Des témoignages parlent de factures encore plus salées. Une liste a été présentée aux autorités avec des montants dépassant 9.000 DH pour une consommation domestique. Les familles de ce quartier disent qu’en plus des factures illogiques qu’elles reçoivent, les autorités et les élus locaux les ont abandonnées à leur sort, comme sanction à leurs prises de position lors des élections passées. Aucun habitant d’El Koucha n’aurait voté le 25 novembre dernier. Pourtant, il faut reconnaître que le quartier n’est pas, de visu, un lieu désolé et miséreux. Ou alors la pauvreté à Taza est largement moins criante que dans d’autres villes du pays. Les habitants affirment en outre que le ramassage des poubelles ne se fait pas régulièrement, et que s’il n’y a pas trop de détritus, c’est uniquement grâce à la solidarité qu’ils ont créée entre eux pour assurer nettoyage et ramassage. Et c’est vrai que la solidarité existe dans ce quartier qui se sent marginalisé. Lors des violences du mercredi 4 janvier 2012, certaines familles ont ouvert leurs maisons aux blessés afin de les soigner. C’est du moins ce qu’elles nous ont confié.
Au-delà de ces troubles sociaux, il y a aussi un aspect dont certains militants locaux ont largement parlé. Ils déplorent que leur ville ne bénéficie pas d’une stratégie de développement économique adaptée à ses spécificités, à l’instar d’autres régions du Maroc. Ils estiment que du point de vue industriel, la zone est gravement handicapée par son éloignement et… son enclavement. Et l’autoroute ? Pas de réponse. Il y a bien eu un apport avec la nouvelle autoroute qui peut rallier aujourd’hui Agadir à Oujda en passant par Taza : le trajet jusqu’à Fès ne fait plus que 45 minutes. Et Oujda est beaucoup plus proche qu’elle ne l’a été par le passé avec une route nationale très lente à cause de la topographie de la région. Un grand avantage pour les industriels et les commerçants de la ville. C’est aux élus locaux de le traduire en projets et en opportunités d’investissement. La défiance envers le secteur privé pousse par ailleurs certains militants à critiquer sévèrement les industriels de la région qui ne respecteraient pas, selon eux, la réglementation du travail, et bénéficieraient de la complicité d’autorités locales «trop conciliantes».
Sur un autre plan, Taza dispose d’atouts indéniables d’un point de vue touristique. Or, rétorquent les militants, rien n’a été fait pour développer cette activité. Le paysage est fantastique et diversifié, et Taza compte des grottes parmi les plus grandes au monde, autant de caractéristiques naturelles qui peuvent constituer un attrait important dans le créneau du tourisme vert et spéléologique notamment. Or, peu d’entrepreneurs touristiques tentent l’aventure.
En somme, il existe bien un mécontentement parmi la population de Taza, mais ce mécontentement n’est pas général. D’autre part, la ville a bel et bien besoin d’égards de la part du gouvernement. Les habitants ont appris que le chef du nouveau gouvernement allait leur rendre visite, mais n’ont pas déployé un enthousiasme débordant. Pour eux, le premier pas vers la solution est le départ du gouverneur et des directeurs des régies de distribution d’eau et d’électricité. Notre chauffeur de taxi ne réclame, lui, qu’une seule chose: une visite royale.

 

TAZA Chronique d’un mercredi noir

noura mounib
de Notre envoyée spéciale à taza

16 décembre 2011. Ni le froid hivernal ni les promesses des responsables ne stoppent l’élan des diplômés chômeurs de Taza. Lors d’un énième sit-in devant le siège de la Province, revendiquant leur intégration dans la fonction publique, une centaine de manifestants ont tenu, à l’instar de leurs camarades dans plusieurs autres régions, à occuper le bâtiment public. Les forces de l’ordre tentent tant bien que mal de les disperser. En vain. Ils arrivent même jusqu’au bureau du gouverneur de la ville. Lorsque ce dernier accepte finalement d’ouvrir le dialogue, l’échange tourne mal et les propos deviennent même menaçants, selon les concernés : «Il nous a méprisés et nous a dit «Si vous tentez de rentrer encore une fois, je vous brise vos mains et vos pieds, et vous rends handicapés à vie. Si vous êtes de vrais hommes, refaites la même chose». « On n’en revenait pas ! Ces propos ont déclenché la colère non seulement des diplômés chômeurs, mais aussi des habitants de la ville», raconte Omar Kachmar, coordinateur du groupement des diplômés chômeurs de Taza. En dépit de manifestations quasi-quotidiennes, le gouverneur aurait continué à faire la sourde oreille. Jusqu’à ce fameux 4 janvier 2012… Il doit être précisé ici que nous n’avons eu que la version des concernés n’yant pu avoir celle des autorités. Qu’elles soient exactes ou exagérées, ces déclarations n’en traduisent pas moins l’état des relations entre «gouvernants» et «gouvernés».

Premières batailles
11 heures du matin. 130 diplômés chômeurs manifestent, comme à leur habitude, devant le siège de la province. Ciel ensoleillé et température clémente, le climat de cette plaisante journée ne laisse en rien présager de l’épisode de guérilla urbaine qui éclatera quelques minutes après. Lorsque le groupe des manifestants tente d’entrer dans le bâtiment public, les forces de l’ordre réagissent, moins indulgentes cette fois-ci.
Le siège de la province de Taza a trois portes : la principale, une seconde en verre et une troisième du quartier administratif, par laquelle les 130 manifestants ont tenté de pénétrer. Lorsqu’ils réussissent à franchir la porte du quartier, un agent d’ordre se dirige directement vers une manifestante enceinte de quatre mois. «Il la tape jusqu’à lui causer une hémorragie. Il nous a semblé évident que les instructions données étaient d’attaquer les femmes en premier. A partir de là, les confrontations ont été déclenchées», rapporte Hssin M., porte-parole de l’Association nationale des diplômés sans emploi de Taza. Les hommes crient alors : «Tuez-nous ! Tuez-nous ! Nous n’avons que nos cadavres à offrir à Mr  le gouverneur pour qu’il nous intègre dans la fonction publique. Mais nos âmes n’appartiennent qu’au Bon Dieu et lui seul peut en disposer». Blessée à l’épaule, une autre diplômée chômeur tombe, immobile. Premier bilan : sept blessées, toutes de sexe féminin.   

Dérapages
11h30. Taza se transforme en champ de guerre. Les forces de l’ordre laissent tomber leurs matraques et s’engagent dans le jet de pierres. De leur côté, les manifestants ripostent vigoureusement. Les deux parties continuent leur bataille sous le regard choqué des habitants de la ville, d’habitude très calme. «Les diplômés chômeurs essayaient de fuir le quartier administratif. C’était atroce. On devait en même temps chercher un abri et secourir nos blessés. Mais on s’est rendu compte par la suite que les forces de l’ordre avaient arrêté trois diplômées chômeurs au sein du siège de la province. On a dû y retourner, prendre plusieurs coups pour tenter de sauver nos camarades. Elles nous ont raconté que les agents qui les ont arrêtées leur ont asséné des coups et des insultes. C’était humiliant !» ajoute Omar. Pour Mohamed Chbairi, Président de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH)  – section Taza, la ville ressemblait à cette heure-ci à la place Tahrir en Egypte. «C’était une ambiance de guerre. Taza n’a jamais connu de pareils évènements», ajoute-t-il.
«Silmiya, silmiya» crient les diplômés chômeurs en courant. La situation empire lorsque les forces de l’ordre usent du «jebbad» pour frapper les manifestants. «C’est à ce moment là qu’on me blesse à l’épaule. L’ambulance arrive avec beaucoup de retard et transporte les blessés à tour de rôle. D’ailleurs, la diplômée chômeur enceinte a été sauvée in extrémis, son fœtus aussi», raconte Hssin. Officiellement, difficile d’établir un bilan de ces heures de violence qu’a connues la ville du côté des manifestants, puisque la plupart ont évité de se rendre à l’hôpital Ben Baja par crainte d’être arrêtés. Les confrontations continuent de plus belle lorsqu’un bus passe devant le siège de la province. Ni plus ni moins, les passagers à bord du véhicule descendent et se joignent aux manifestants. Le bruit des jets de pierres se mêle aux sons des estafettes dans une ambiance digne d’un film d’action américain. Face à l’intensité de ces affrontements, des éléments de police en provenance de Fès sont venus prêter main forte à ceux de Taza, manifestement dépassés par les événements. La route reliant Fès à Oujda est interdite pendant quelques heures à la circulation à cause d’un sit-in organisé par des étudiants. C’est du moins l’explication officielle. Du côté des militants locaux, c’était plutôt une façon de fermer la ville et d’éviter que l’information ne soit filtrée aux médias.

Douar El Koucha : la fronde
Hicham, jeune habitant du quartier populaire d’El Koucha, suit curieusement les manifestants fuyant les forces de l’ordre. C’est là qu’un agent d’ordre serait passé à côté de lui et l’aurait blessé, lui causant une fracture à l’épaule. Il suffisait d’une étincelle pour que tout s’embrase. La tension est à son paroxysme. Hommes, femmes et enfants de tous âges se joignent aux affrontements, attaquant massivement les forces de l’ordre en leur interdisant l’accès au douar. Quelques adolescents brûlent des pneus sur la route menant à leur quartier. De leur côté, les forces de l’ordre tentent de briser le blocus en fendant la foule avec des véhicules roulant à vive allure. Selon les militants locaux, il n’y a pas eu d’usage de bombes lacrymogènes ou de tirs de balles en caoutchouc par les forces de l’ordre. Les confrontations s’aggravent entre les citoyens et les autorités. En même temps, une autre information met le feu à la poudrière. Youssef Achour, jeune habitant du Douar, aurait été écrasé par une voiture de police. C’est du moins ce que disent les habitants. De leur côté, les autorités se défendent et nient catégoriquement les accusations à leur encontre. Quoi qu’il en soit, le jeune homme en question est toujours hospitalisé à l’heure qu’il est.

Premiers soins et dénouement
Lorsque les forces BLIR (Brigades légères d’intervention rapide) interviennent, la grogne de la population monte d’un cran. «Les habitants de Douar El Koucha ne voulaient en aucun cas semer le désordre. Si cela avait été leur intention, ils n’auraient pas protégé les cafés et les magasins lors des affrontements. Ils ont également protégé le siège de la province», défend Abdelaziz K., porte-parole des habitants du douar précité.
Une estafette tombe en panne au sein du douar. Des jeunes manifestants font descendre les deux agents paniqués qui étaient à bord du véhicule avant d’y jeter un produit inflammable. L’estafette s’enflamme aussitôt. Les blessés refusant de se rendre à l’hôpital se réfugient chez les familles du douar, qui ne lésinent pas sur les moyens pour leur venir en aide. «Tous les voisins se sont mis d’accord pour soigner les blessés en rassemblant Bétadine, alcool et pansements. D’autres ont offert des fruits et des sucreries aux manifestants qui s’étaient évanouis», explique Aziza. Cette jeune maman d’une vingtaine d’années a fait appel à ses dons de secouriste acquis à l’université pour traiter les blessés. «Lorsque j’étais étudiante à la faculté, mes camarades participaient régulièrement à des manifestations et étaient souvent blessés lors d’affrontements avec les forces de l’ordre. J’étais la première à leur prodiguer les premiers soins, même si je n’avais aucune formation en la matière. J’ai fait la même chose  cette fois-ci. Un enfant en pleurs est venu frapper à ma porte, il avait le pied fracturé. Je le lui ai remis en place avant de lui mettre un bandage» raconte fièrement la jeune femme.
Les confrontations ont duré jusqu’à 21 heures. Huit heures d’affrontements où les citoyens et les forces de l’ordre ont converti Taza en Gaza, avant que la ville ne revienne à son calme habituel, comme si de rien n’était. Résultat des courses : en plus des dégâts matériels, pas moins de quarante membres des forces de l’ordre ont été blessés en plus d’une vingtaine parmi les manifestants. Au lendemain de ces incidents, une commission centrale a aussitôt été dépêchée dans la ville par le ministère de l’Intérieur pour mener des investigations sur le terrain et élaborer un rapport sur ces tristes événements.

 

TAZA Les oubliés de Douar El Koucha

n.m.
«Nous sommes tous Hay El Koucha», scandent les manifestants ce 5 janvier 2012 lors d’une marche de dénonciation au lendemain des violentes émeutes qui ont éclaté la veille dans la ville. «Les habitants d’El Koucha exigent le départ du gouverneur et du président de l’ONE», «Hay El Koucha se révolte». Les slogans fusent de partout… Organisée à l’appel de l’Association marocaine des droits de l’homme, la manifestation part à 16 heures de Hay El Koucha pour finir devant le siège de la province. Partis de gauche, diplômés chômeurs, syndicats, militants associatifs et habitants de différents quartiers de la ville ont répondu présents, se joignant aux habitants de Hay El Koucha qui se disent las de souffrir en silence de l’indifférence des autorités locales. Aujourd’hui, la couleur est annoncée et les habitants de ce quartier populaire vieux de 40 ans, sis à Taza El Ouliya, n’y vont pas par quatre chemins. «Le gouverneur doit partir. Cela n’a que trop duré. On n’en peut plus», se plaint Aziza qui a toujours vécu dans ce douar. Marginalisé, Douar El Koucha est perçu comme le point noir de Taza, malgré l’existence d’autres quartiers aussi pauvres. Ancien quartier de bidonvilles, il abrite aujourd’hui 8000 habitants, manque d’infrastructures et n’a jamais bénéficié de projets d’investissement ou de mise à niveau urbaine digne de ce nom. «Hay El Koucha a toujours été considéré comme un repaire de criminels et de voyous oisifs alors qu’il y a des familles qui y vivent, des étudiants, des enfants, bref, des citoyens ordinaires…», explique Abdelaziz, porte-parole des habitants du quartier : « Sa réputation est telle qu’il est désormais impossible de dire qu’on habite à Hay El Koucha. Tous les gouverneurs qui sont passés à la tête de la ville ont isolé le quartier et lui ont collé cette étiquette de douar dangereux. C’est malheureux», se désole-t-il. Hicham, jeune habitant du douar, confie, une note d’amertume dans la voix, qu’il s’est fait refuser la main de sa bien-aimée lorsque les parents de la jeune fille ont su le quartier de résidence de son prétendant. Même son de cloche chez les étudiants qui estiment qu’ils ont plus de mal à trouver un emploi à cause de leur adresse…

El Koucha la miséreuse
Si le café Mrini accueille tout étranger au Douar et lui offre une première bonne impression, une fois à l’intérieur de ses ruelles, le sentiment de malaise va grandissant. Absence d’éclairage public, manque d’infrastructures, ruelles non cimentées, ordures entassées… La pauvreté et le délaissement de la zone sautent aux yeux.
Le quartier compte une école primaire, une mosquée, un théâtre construit depuis deux ans mais jamais inauguré, plusieurs nouveaux commerces fermés depuis cinq ans, et un village pour les artisans qui n’a jamais été ouvert. Situé à 200 mètres du siège de la Province, Hay El Koucha est pourtant isolé du reste de la ville et ne dispose même pas d’un centre de santé pour ses 8000 habitants. «Lors de la campagne législative de 2011, nous avons interdit aux candidats des partis l’accès à notre secteur et nous avons tous boycotté les urnes le 25 novembre. Ils doivent comprendre que les habitants de Douar El Koucha refusent de croire à leurs mensonges électoralistes. On exige une vraie dignité», commente Hicham, blessé lors des affrontements avec les forces de l’ordre. Il ajoute que le gouverneur leur aurait asséné lors de leur dernier houleux échange : «Je jure sur ce que j’ai de plus cher que je ne vous arrangerai rien dans ce quartier de criminels ! Vous vous croyez en Lybie ici ? Vous verrez !». L’aspect délabré et anarchique de Douar El Koucha contraste fortement avec le centre-ville de Taza, moderne, ordonné et bien équipé. «Même pour assainir le quartier et le nettoyer, les voisins sont obligés de s’entraider. Sans quoi, on vivrait dans les déchets», explique Aziza.

Des factures salées
Hormis le manque d’infrastructures et le chômage, les habitants de Douar El Koucha se plaignent des factures salées d’eau et d’électricité. «C’est la principale revendication des habitants. Comment la facture d’une famille qui habite une seule chambre et qui utilise une seule lampe peut dépasser les 2000 dirhams ? C’est aberrant. Sachant que la plupart des foyers comptent jusqu’à trois chômeurs et que le vieux père demeure la seule source de revenu pour toute la famille», s’interroge Abdelaziz. Les habitants de Hay El Koucha exigent désormais que l’ONE arrête les estimations et recrute des fonctionnaires pour contrôler mensuellement les minuteries et les compteurs. Les factures du mois de septembre 2011 vacillent entre 1000 et 2000 dirhams, mais celles du mois d’octobre affichent des sommes encore plus astronomiques. Certains commerces ont ainsi reçu jusqu’à 8000 dirhams de facture. «On nous propose de les payer par tranche, alors que nous ne savons même pas à quoi correspondent par exemple les faramineux « frais financiers » inscrits sur les factures !», s’insurge le concerné.
Aujourd’hui, Hay El Koucha se révolte contre sa situation et compte bien faire entendre sa voix. «Ce quartier a donné de grands noms au Maroc d’aujourd’hui, comme Mahrad, le patron de la sécurité des palais royaux. Il faut sauver Douar El Koucha», conclut Abdellah Ghmimet, président de l’UMT de Taza.

Chrétiens marocains Qu’en feront les islamistes ?

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Si la plupart ont fait le choix de s’exiler pour vivre leur nouvelle foi en sécurité, certains sont demeurés au Maroc, faute de moyens financiers pour la plupart. Et ceux-là, ces «Chrétiens marocains du Maroc» sont inquiets. Vivant clandestinement leur culte d’«apostat» de peur d’être «chassés de la bergerie», dans une société où majoritairement (exception faite de la minorité juive marocaine) l’on nait et demeure musulman, souvent par hérédité sociale. Terrorisés d’être poursuivis pour prosélytisme par les autorités judiciaires (passible d’un emprisonnement de 6 mois à trois ans en vertu de l’article 220 du code pénal), ils craignent que leur situation déjà peu enviable n’empire avec l’arrivée au pouvoir de la formation islamiste d’Abdelilah Benkirane, dans un contexte de regain de conservatisme et de religiosité parmi une fange de Marocains. Avec 107 sièges sur 395 au Parlement, et des portefeuilles ministériels conséquents, il est certain  que le parti de la lampe parviendra à faire peser sa voix sous la coupole. Ceci dit, les garde-fous constitutionnels, à commencer par la Commanderie des croyants, sont là, le PJD étant aussi empiriquement limité dans son action idéologique, au regard des autres formations de droite, de centre comme de gauche avec lesquelles il doit composer. Mais qui faut-il blâmer dans tout cela? Qui a péché, qui sont les loups, qui sont les agneaux?  La question est en fait beaucoup plus complexe et nuancée qu’il n’y parait. Les réactions des autorités marocaines, qui peuvent paraitre virulentes, à l’égard de ces nouveaux chrétiens, ne les visent pas tant en tant qu’individus, mais plutôt le processus qui a mené à leur conversion. Beaucoup parmi eux ont en effet été approchés par des missionnaires du puissant mouvement évangélique, une église hybride née aux Etats-Unis (nébuleuse d’églises indépendantes, luthériennes, baptistes, pentecôtistes ou encore méthodistes, mais majoritairement protestantes) et comptant près de 500 millions d’adeptes de par le monde. Les multiples composantes de cette nébuleuse, par opposition au clergé catholique classique et aux églises protestantes traditionnelles, hiérarchisées et reconnues par les autorités officielles (notamment marocaines), sont, dans nombre d’Etats, y compris de tradition judéo-chrétienne, assimilées à des sectes. Utilisant souvent l’humanitaire comme porte d’entrée à un tiers-monde dans le besoin, ces « fous de Jésus », jeunes, affables et propres sur eux, sont envoyés dans le monde arabo-musulman, leur «ultime zone de mission» pour convertir en masse «les Mahométans». Leur cible de prédilection : les populations berbères des régions enclavées d’Afrique du Nord, considérées moins imprégnées par l’Islam et l’islamisme que les ethnies arabes (près de 20 000 Kabyles seraient devenus chrétiens). Et les citadins de condition modeste, plus vulnérables aux sirènes du prosélytisme, surtout lorsque ce dernier fait miroiter la perspective d’une immigration en Occident en échange d’une conversion au christianisme. Dès lors, on saisit mieux la précipitation avec laquelle les autorités ont expulsé du Maroc, en mars 2010, les membres de l’ONG «Village of Hope» qui gérait l’orphelinat d’Aïn Leuh, sans autre forme de procès, après que les familles d’accueil étrangères aient été accusées d’avoir élevé les petits pensionnaires dans la foi chrétienne. Ou encore l’inquiétude des parents d’enfants de l’école américaine de Casablanca, qui auraient été convertis en douce par un professeur évangéliste. Sans oublier, sur un autre registre, la fermeture en mars 2009 de l’école irakienne de Rabat, soupçonnée de prosélytisme chiite. Mais, au-delà du fait divers, ces affaires nous donnent à réfléchir de façon calme et sensée, et à se poser les vraies questions, doivent-elles fâcher. Car le temps est venu de s’atteler à la clarification des termes et des statuts ambigus, à l’aune de la nouvelle Constitution. Doit-on inclure l’apostasie comme délit pénal, sachant que la loi suprême définit l’Islam comme religion d’Etat, mais reconnait à tous le libre exercice des cultes? A-t-on le droit, en tant que Marocain majeur, de choisir sa religion-autre que musulmane sunnite de rite malékite ou hébraïque- et de la vivre dans son Maroc natal sans craindre pour sa sécurité physique et sociale? A partir de quand « ébranle»-t-on la foi d’un Musulman ? Quand commence le prosélytisme et en quoi est-il une menace pour la cohésion sociale et la stabilité politique du pays ? C’est là le moindre des débats que l’on est en mesure d’attendre du gouvernement Benkirane, comme de l’opposition et de la société civile. Pour la sérénité politique et sociale du pays.

 

Aïn Leuh n’arrive pas à tourner la page

Salaheddine Lemaizi
Aïn Leuh, ville du Moyen-Atlas, a été au printemps 2010 le centre d’une affaire qui a failli se transformer en crise politique entre le Maroc et les Etats-Unis. Le 8 mars de cette année, les autorités marocaines expulsent les seize ressortissants étrangers gérant le Village of hope (VOH), un orphelinat situé dans cette localité montagneuse. Ces personnes issues d’Afrique du Sud, des Pays-Bas, de Grande Bretagne, de la Nouvelle-Zélande et des Etats-Unis sont accusées par les autorités marocaines de «prosélytisme évangéliste». Le départ des évangélistes supposés, présents depuis treize ans, est expéditif. Tout se déroule en trois heures. L’orphelinat est repris en main par les autorités marocaines.
Cette expulsion fait grand bruit parmi les associations chrétiennes de l’Hexagone. «Le groupe des 16» plaide l’innocence. Dans leur unique déclaration, publiée le 11 mars, on pouvait lire : «VOH a toujours agi en étant pleinement connu des autorités marocaines et avec leur accord, ces dernières comprenant clairement que les travailleurs étrangers étaient chrétiens. Il a aussi toujours été entendu que les enfants seraient élevés dans un contexte à la fois musulman et chrétien, mais qu'ils seraient aussi totalement immergés dans leur culture marocaine quant à l'amour pour leur pays, quant à leur langue, leur éducation et quant à la connaissance de l'islam». Après plus d’un an de cette séparation fracassante, que deviennent donc ces enfants ?

Des enfants encore choqués
«Ils sont toujours sous le choc. La vie ne sera jamais pareille pour eux ni pour l’ensemble des habitants de la région», confie Omar Jamoue, directeur de l’orphelinat d’Ougmès, une structure de la protection de l’enfance située à 5 km d’Azrou, et considérée comme la jumelle de VOH. Egalement géré et financé par des ressortissants étrangers, majoritairement des Américains, l’orphelinat d’Ougmès a failli connaitre le même sort.
O. Jamoue, qui était membre d’honneur de l’association gestionnaire de VOH, se dit scandalisé par la «sauvagerie» avec laquelle l’expulsion s’est déroulée. «Les autorités n’ont pas prévenu et n’ont pas laissé le temps aux parents d’expliquer aux enfants ce qui se passait».
A Ougmès, les vingt enfants du centre ont eux aussi été perturbés. «Ils sont encore choqués par cette séparation brutale avec leurs frères. Au fond, ces méthodes ont été désastreuses pour le moral des enfants comme pour notre relation avec les autorités», révèle le directeur de l’orphelinat d’Ougmès. Depuis cette affaire, O. Jamoue est privé de son passeport marocain et interdit de quitter le territoire. «Les autorités ne nous donnent pas d’explications sur ce sujet. Nous avons mandaté un avocat pour suivre ce dossier et, depuis, pas grand-chose», regrette le membre d’honneur de VOH. Avant d’ajouter : «Nous ne contestons pas le droit des autorités de fermer cet orphelinat. Notre pays est un Etat souverain, sauf que les choses auraient dû se passer autrement».


VOH, DAG aux commandes !
Sur sa page web officielle, l’équipe du VOH croit toujours qu’un retour à Aïn Leuh est possible. Mis à jour régulièrement, ce site maintient en vie le projet de VOH tel que conçu au départ. «Selon plusieurs sources locales, leurs (enfants) conditions de vie se sont dégradées ces derniers mois», avance l’ancienne équipe de VOH. Il a été impossible pour nous de vérifier auprès de la préfecture d’Ifrane ces informations. Depuis mars 2010, ce dossier sensible est géré par l’autorité locale de la région. Grande surprise, le service en charge de l’orphelinat n’est pas la Division des affaires sociales de la préfecture mais la Division des affaires générales, plus connue pour gérer les dossiers sécuritaires.
Au quotidien, c’est une association proche de la municipalité d’Azrou qui gère VOH. Au lendemain de l’expulsion du «groupe des 16», le juge de la Famille d’Ifrane confie la garde des enfants de VOH à la présidente de cette association. «Il est impossible de s’approcher de l’orphelinat», constate un habitant d’Aïn Leuh que nous avons contacté. «Mais selon plusieurs personnes, ils ont la même qualité de vie qu’ils avaient du temps des chrétiens, si ce n’est mieux», avance cet habitant. Les enfants continuent de suivre leurs cours dans l’école aménagée dans l’orphelinat, l’éducation islamique fait partie désormais des matières enseignées aux trente enfants.

Glorifier Dieu sans prosélytisme
L’ancienne équipe continue à affirmer que «VOH n’a jamais été un lieu d’évangélisation». Selon eux, chaque membre et visiteur de VOH signe deux documents interdisant le prosélytisme. Il s’agit du «contrat d’engagement», où ces personnes respectent une série de principes dont l’abstention à faire du prosélytisme et à respecter le roi du Maroc et l’Islam.
Le deuxième document vise à clarifier le rapport au prosélytisme. On peut lire l’injonction suivante : «Pendant votre séjour au Village de l'Espérance, nous vous demandons de ne pas faire de prosélytisme».
Pourtant, la conclusion de cette déclaration ne plaide pas pour une meilleure clarification du rapport au religieux au sein de VOH : «Nous souhaitons que vous soyez une bénédiction pour la communauté et que nos vies resplendissent pour le royaume de Dieu. Nous pensons qu'à travers nos vies et nos actions, les gens autour de nous commenceront à glorifier Dieu».
O. Jamoue, l’ancien membre d’honneur de VOH, balaye d’un revers de main toute confusion de ce genre : «jamais VOH n’a été un lieu d’évangélisation. Cet orphelinat existe depuis 50 ans dans la région et tout le monde sait ce qu’on y faisait».

Exit les Occidentaux, place aux Emiratis
Malgré la campagne internationale lancée en solidarité avec «Le groupe des 16», l’Etat semble tourner la page du VOH dans son ancienne version. Aucun contact officiel ou officieux ne s’est fait depuis l’expulsion. Les autorités locales quant à elles préparent le terrain pour l’entrée d’un nouvel acteur dans la protection de l’enfance.
L’affaire de VOH n’a fait que révéler le vide laissé par l’Etat dans une région réputée être un bassin de la prostitution, avec tous ses corolaires dramatiques : mères célibataires et enfants abandonnés. Un projet grandeur nature vise à tirer le tapis sous les pieds des Occidentaux très actifs dans la protection de l’enfance depuis des décennies. Des associations des Emirats Arabes Unis ont construit un orphelinat dans la région d’Azrou. Sur la route de la forêt du Cèdre Gourou, un immense complexe émerge de terre. Il s’agit du projet émirati composé d’un orphelinat, d’un centre de vacances et d’un camping. Ces deux installations touristiques seront dédiées à financer l’orphelinat. L’ouverture est prévue pour 2012.

 

«Un Marocain musulman qui fait librement le choix d'être chrétien peut-il continuer sa vie sans être menacé ? Non.»

Michael Paita responsable Pôle Solidarité Internationale à l’Association Humanitaire La Gerbe.

Entretien réalisé par S.L.

L’Observateur du Maroc.  Quelle est la situation sociale, sanitaire, scolaire, psychologique... des 30 enfants du VOH ?
Michael Paita. Nos informations sont limitées puisque les contacts avec les enfants nous sont toujours interdits. Cependant, certains contacts nous font savoir que si les enfants mangent à leur faim, ils manquent de vêtements chauds et de confort matériel, ce qui nous inquiète pour leur bien-être de base. De plus, depuis plusieurs semaines, la directrice aurait le projet de placer les enfants dans d'autres institutions et donc de les séparer. Les enfants l'ont appris, ce qui provoque une grande détresse chez eux. Enfin, le personnel de l'orphelinat n’est pas payé depuis plusieurs mois, ou partiellement. Il ne bénéficie d'aucune protection sociale comme c'était le cas durant l'ancienne gestion de l'orphelinat.

Avez-vous essayé de contacter les autorités marocaines sur ce dossier ?
Depuis le départ, les responsables de VOH ont tenté d'établir un dialogue avec les autorités marocaines, mais ces tentatives n'ont pas reçu de réponse. Pourtant, tous les biens des familles anciennement présentes sur le site de VOH ont été confisqués par les autorités, sans aucune forme de procès, ni de droit à faire appel comme le garantit la loi marocaine.
Par ailleurs, l'association La Gerbe a interpellé par écrit l'ambassadeur du Maroc en France et a réagi à plusieurs reprises de manière publique sur son site internet ou au travers de la revue trimestrielle "Espérance", mais sans réaction de la part des autorités marocaines.


Les autorités marocaines justifient l’expulsion par l’activité d’évangilisation des responsables de VOH. Que répondez-vous à ces accusations ?
Les travailleurs de VOH expulsés ne sont pas des évangélistes mais des travailleurs de confession chrétienne venus au Maroc pour accueillir de jeunes orphelins dont personne d'autre n'a voulu. Les travailleurs de VOH ont été spoliés de tous leurs biens par les autorités, sans procès, ce qui pose un grand questionnement sur la sécurité d'un investissement étranger au Maroc.
Cette expulsion des travailleurs expatriés a d'avantage correspondu à un geste politique qu'à un réel problème avec le fonctionnement de l'orphelinat. En effet, tout fonctionnement est modifiable et, comme vous le savez, les 10 ans de collaboration entre les dirigeants du VOH et les autorités locales ont montré une entente cordiale enrichissante pour chacun et bénéfique pour les enfants accueillis. Si des choses devaient être améliorées, pourquoi alors ne pas interpeller la direction de l'orphelinat et changer ce qui doit l'être?
Le fait que la vague d'expulsion n'ait pas touché uniquement des chrétiens mais aussi quelques musulmans chiites montre très clairement qu'il s'agit d'un message des autorités envoyé à l'opinion publique marocaine et en particulier aux islamistes souhaitant un islam marocain plus radical.
En tant qu’association de soutien aux chrétiens persécutés dans le monde, estimez-vous que la liberté de conscience au Maroc est possible ?
A-t-on le droit d'être chrétien au Maroc et de le dire ouvertement ? Un Marocain musulman qui fait librement le choix d'être chrétien peut-il continuer sa vie sans être menacé de représailles comme le garantit normalement la loi du pays ? Ce n'est malheureusement pas ce que nous avons constaté.


Témoignages de chrétiens marocains

« Il n’est jamais évident de sortir d’une religion pour s’engager dans une autre.»

Karim, 28 ans, technicien chez un concessionnaire de véhicules à Casablanca et  Converti au christianisme depuis quatre ans.

Je suis né d’une mère marocaine et d’un père syrien chiite. Enfant, ma mère me confiait à une association gérée par des catholiques à Casablanca. C’était une crèche. Mais malgré notre curiosité d’enfants, on n’entretenait aucun rapport avec les sœurs. On avait affaire à des enseignants musulmans qui nous faisaient lire le Coran.
Jusqu’à l’âge de 16 ans, j’étais un musulman radical. Barbe de rigueur et prières à l’heure, j’étais un exemple pour les familles de l’ancienne médina de Casablanca, le quartier où j’ai grandi. C’est là que j’ai commencé à me poser des questions. Dieu existe-t-il ? Où se trouve la vérité ? Pourquoi sommes-nous musulmans ? J’ai entamé ainsi ma quête de la vérité. Documentation, lectures, recherches… J’ai relevé plusieurs contradictions dans l’islam. En même temps, il était difficile de prouver que cette religion n’est qu’illusion. J’ai dû faire une autopsie spirituelle du Coran et des hadiths. C’est là que je me suis rendu compte que l’islam cache beaucoup de choses. Aucune source n’est sûre et plusieurs erreurs sont à signaler. A l’époque, je n’ai pas voulu prendre le risque de passer pour un mécréant au sein de mon entourage en posant ce genre de questions. J’ai gardé mes recherches secrètes, tout en poursuivant ma quête. J’ai beaucoup lu sur la situation de la femme dans l’islam, la problématique de l’héritage, de la violence, de la polygamie… D’ailleurs, ce n’est pas en se mariant avec neuf femmes comme l’a fait le prophète Mohamed que l’islam prouvera sa bonne foi envers la femme. Pour sa part, le Coran n’est pas clair. Le message de Dieu est incompréhensible, dur et tiré par les cheveux. Est-ce pour prouver la supériorité de Dieu ? Cet orgueil dans l’islam est un critère que j’ai relevé dans le caractère de tout musulman. Contrairement à un chrétien, un musulman refuse la critique de sa religion. On a toujours cette impression de la théorie du complot, comme si tout le monde en voulait à l’islam. A un moment donné, j’ai décidé de ne croire en aucune religion. J’ai continué mes recherches et j’ai commencé à approfondir la religion chrétienne. Si plusieurs points me paraissaient étranges, j’adhérais en grande partie aux principes de Jésus. Amour, tolérance, pardon, valeur humaine, respect… Le christianisme correspondait à ma vision des choses. Contrairement à l’islam, ce qui m’a attiré davantage est que la religion de Jésus est loin de la politique et n’encourage pas le «Djihad». J’ai consulté un prêtre qui m’a offert une bible et m’a conseillé de lire des livres sur le christianisme. J’ai passé ensuite un mois dans une église orthodoxe à Casablanca. Je suis devenu un vrai chrétien. Si je tais ma chrétienté à mon quartier ou encore à ma famille, je parle librement de ma nouvelle religion avec mes collègues du travail. Mais avec le temps, je me rends compte que j’ai quitté une religion à grandes restrictions pour en trouver d’autres dans le christianisme. J’ai également mal vécu le fait de voir les différents problèmes des églises, le manque de crédibilité des pasteurs, l’exploitation des gens en contrepartie de l’argent… J’ai souffert en voyant des personnes qui jouent le jeu, se convertissent, mais restent musulmans en vrai. Tout cela à des fins financières. Le choc était rude pour moi. Il n’est jamais évident de sortir d’une religion pour s’engager dans une autre. C’est ainsi que j’ai décidé de tout laisser tomber depuis un an et de prendre du recul. Si j’ai regretté ma reconversion ? J’ai plutôt regretté les 22 ans passés sous la houlette de l’islam. En même temps, ma conscience n’est pas encore tranquille, même après ces quatre années de christianisme.

«La Vierge-Marie est venue me saluer et m’a demandé de l’accompagner.»

Saâd, 31 ans, commerçant

J’ai grandi dans une famille pieuse. Mon père était imam à Agadir et tous mes frères et sœurs respectaient à la lettre les préceptes de l’islam. «Notre» foi a grandi lorsque toute la famille s’est installée en Arabie Saoudite. A l’âge de 8 ans, j’ai demandé à mon père si Dieu était sur ou sous la lune. Je n’oublierai jamais la gifle qu’il m’avait assénée, agrémentée d’un «que Dieu te maudisse petit mécréant». J’ai compris, à cet instant précis, qu’un bon musulman doit croire sans poser de questions. A 20 ans, j’étais le plus fervent croyant musulman de la famille. Mes parents étaient fiers de moi et je recevais à chaque fois les prières de mon père. En retournant au Maroc, notre famille a eu la cote dans le quartier. On disait que mon père avait la «baraka» du prophète parce qu’on avait passé des années en Arabie Saoudite. Un jour, alors que je regardais la télévision, une chaîne française diffusait des chants chrétiens. C’était la messe du dimanche. Chaque jour à la même heure, cette chaîne diffuse des chants de l’église. J’ai été étrangement attirée par la cohérence des rythmes. Je ressentais une paix intérieure. J’ai commencé à lire des livres sur le christianisme, à suivre des émissions sur la même chaîne et à faire des recherches. Je risquais ma vie, mais je ne pouvais lâcher cette nouvelle découverte qui m’offrait un bonheur spirituel et un épanouissement étrange. Une nuit, j’ai rêvé que j’étais dans une église. La Vierge-Marie est venue me saluer et m’a demandé de l’accompagner. Cela a été le déclic. Je me suis alors converti, en cachette. Seuls mes amis sont au courant. Depuis cinq ans, ma vie a changé. Même ma famille a remarqué un grand changement en moi, je suis plus épanoui, plus ouvert… Mais personne n’en connait la raison. Je n’ai quand même pas envie que mon père meure d’une attaque cardiaque !

 

«Alors que je m’apprêtais à dormir, j’ai vu une lumière dans ma chambre.»

Othmane, 22 ans, étudiant

On m’appelait le taliban dans mon quartier. Mon habillement afghan et mon duvet naissant mettaient la puce à l’oreille de tous ceux qui me côtoyaient. Je n’étais pas extrémiste mais radical. J’ai imposé le voile à ma mère et mes deux sœurs et je me disputais avec mon père qui buvait de l’alcool et ne faisait pas la prière. J’ai hérité cette ferveur religieuse de mon grand-père paternel. J’habitais à Derb Soltan, le célèbre quartier populaire à Casablanca. Depuis mon jeune âge, je faisais toutes les prières à la mosquée et je faisais partie d’un groupe de jeunes avec qui on discutait religion. Je subissais plusieurs pressions : celles de ma famille qui me demandait d’être moins radical, de mon entourage qui s’inquiétait à cause de mon enfermement et de mon groupe d’amis qui m’encourageait à continuer dans la voie de Dieu et de la raison. Un jour, un ami m’a présenté un jeune Marocain qui venait tout droit des Etats-Unis. On discutait de plusieurs sujets et on parlait souvent d’attentats terroristes. J’adhérais à sa vision des choses et j’apprenais beaucoup de lui. Mon ami m’a appris par la suite qu’il était venu au Maroc recruter des jeunes pour des actes  terroristes ! Je n’en revenais pas. C’est là que j’ai décidé de remettre toute ma vie en question. J’ai voyagé pendant deux mois pour faire le vide. A mon retour, j’ai commencé mes recherches. J’ai lu des livres sur l’islam, sur le christianisme et sur le judaïsme. J’étais perdu. Même mes études en ont pâti. Une nuit, alors que je m’apprêtais à dormir, j’ai vu une lumière dans ma chambre. Après plusieurs recherches, je me suis rendu compte que cela arrivait aux chrétiens et que c’était la lumière de Jésus. J’ai réalisé finalement que les principes du christianisme convenaient en grande partie à ma vision des choses. C’est ainsi que j’ai décidé de devenir disciple de Jésus. Depuis, je mène une nouvelle vie. J’ai repris mes études, laissé tomber ma tenue afghane et réussi à retrouver ma famille qui n’est toujours pas au courant de ma reconversion. Je suis épanoui…

Les Conseillers feront la différence

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Disposant d’une majorité confortable à la première Chambre du Parlement, le chef du gouvernement n’en sera pas moins devant une grande difficulté. La deuxième Chambre est aux mains de l’opposition et c’est Mohamed cheikh Biadillah, SG du PAM, qui y tient le volant.  La loi de Finances 2012, premier exercice du nouveau gouvernement, pourrait être mise en danger par les Conseillers. A moins d’une entente (sous quelles conditions !), le gouvernement aura du mal, surtout si les partis de l’opposition (USFP, PAM, RNI et UC) s’entendent.

Challenges

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Le nouveau gouvernement sera confronté à des défis extraordinaires. Abdellatif Jouahri, le Wali de Bank Al Maghrib a annoncé la couleur en dévoilant que le déficit public dépasse les 5% et que les réserves de changes ne couvrent que 5 mois d’importations. Les ministres des Finances et du Commerce extérieur devront se creuser les neurones pour trouver  des solutions innovantes.

Crédits immobiliers Baisse des taux

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La pression sur le taux interbancaire, indice de référence des taux d’intérêt, n'a pas encore eu d'impact sur le taux des crédits immobiliers. Ceux-ci se sont en effet inscrits en baisse durant le troisième trimestre, confirmant la tendance observée le trimestre précédent. De 6,34%, le taux moyen est en effet passé à 6,17%. En revanche, les crédits de trésorerie ont vu leur rémunération augmenter, puisque le taux de cette catégorie est passé de 6,05% à 6,31% d'un trimestre à l'autre.

Le PAM sans El Himma

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Le bureau national du Parti authenticité et modernité a accepté la démission de Fouad Ali El Himma du parti après sa nomination Conseiller du Roi Mohammed VI. Le parti a répondu favorablement à la demande de Ali El Himma de se retirer du parti dans une action qui a été saluée comme une preuve de neutralité.

La Nécessaire cohérence

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Cette architecture devrait faciliter la cohérence de la nouvelle équipe. En effet, les larges prérogatives accordées au chef du gouvernement doivent se traduire, d’abord, par la cohésion de l’équipe. Il serait dommageable pour la construction démocratique que la nouvelle coalition ne fonctionne pas dans la cohérence.
Les messages envoyés à l’opinion publique ne sont pas très clairs. Abdelilah Benkirane a eu tort concernant le ministère des Habous. La constitution ne prévoit  aucun monopole Royal sur ce département. En outre, en 1977, feu Hachmi Filali, dirigeant de l’Istiqlal, a dirigé ce ministère alors que le Palais était seul maître à bord. Le désir de Benkirane d’avoir les meilleurs rapports avec l’entourage du Roi est louable. Tant à l’intérieur qu’à l’étranger, l’aura du Souverain est le meilleur appui pour la nouvelle expérience.
Le gouvernement a besoin de cohérence, mais aussi de diligence. Plusieurs dossiers sont d’une urgence certaine. Par ailleurs, les attentes populaires doivent faire l’objet de mesures concrètes tendant à démontrer que les promesses seront tenues.

Une opposition forte
De l’autre côté, les exigences sont les mêmes. La constitution a renforcé le rôle de l’opposition. Il suffit de 20% des voix pour constituer une commission d’enquête. La commission des lois est dévolue à l’opposition, et c’est la commission la plus importante du parlement.
L’opposition est constituée de deux pôles : le libéral RNI-PAM, l’UC choisissant le soutien critique, et la gauche autour de l’USFP. Il y aura sans doute des rapprochements ponctuels autour des votes, mais chacun aura à cœur de démontrer sa particularité. Ceci dit, les deux pôles devront assurer une opposition forte, et surtout intelligible pour l’opinion publique. Il ne faut pas oublier que l’enjeu principal dépasse les intérêts partisans, puisqu’il s’agit de crédibiliser les institutions et de mettre en musique le texte très avancé de la nouvelle constitution.
Karim Ghellab, probable président du parlement, aura la lourde charge d’animer cette institution, de combattre l’absentéisme, d’améliorer son image auprès des citoyens. C’est le parlement qui doit encadrer le débat public, pour réconcilier les citoyens avec la vie politique.

 

Nouveau gouvernement Benkirane pourra-t-il imposer sa vision ?

HAKIM ARIF
Au départ, le Parti de la justice et du développement a indiqué quel genre de gouvernement il voulait et avec quel type de ministres il désirait travailler. Le chef du gouvernement avait lui-même parlé de 15 ministres. C’était avant le début des consultations. Le chiffre est passé par la suite à 25, puis à 30. Un élargissement opéré sur le conseil du secrétaire général du PI, Abbas El Fassi, afin de pouvoir satisfaire tout le monde. Il n’en reste pas moins que Benkirane maintient sa conception du gouvernement qu’il scinde en trois grands pôles, selon El Habib Choubani, membre du secrétariat général du PJD, qui intervenait sur les ondes de Med Radio le 13 décembre. Le premier concerne ce qui est encore appelé ministères de souveraineté : l’Intérieur, les Affaires étrangères, la Défense et les Affaires islamiques. Le second regroupe les ministères des Finances, de l’Industrie, du Commerce intérieur et extérieur. Il est appelé pôle productif et financier. Le troisième pôle est réservé aux ministères sociaux, dont l’emploi et le développement social.
Bien que Abdelilah Benkirane avait lui-même répété à plusieurs reprises qu’il n’y aurait plus de ministères de souveraineté, il semble que la tendance est plutôt vers une révision du concept. Pour Choubani, il n’y a aucun mal à ce que les ministères de la Défense et de l’Intérieur soient gérés par des personnalités non politiques. Une manière de dire aussi que le PJD n’est pas fermé et qu’il agit en fonction des intérêts du pays. Pour le chef du gouvernement, l’architecture globale du gouvernement ainsi que les ministres qui y participeront sont d’une extrême importance. Il faut que l’architecture soit innovante et que les ministres soient irréprochables. C’est pourquoi il voulait, au départ, des ministres jeunes, ou en tout cas plus jeunes que lui et qui n’auraient pas été ministres auparavant. Là aussi, il a dû prendre en compte les avis des ses alliés et assouplir ses conditions. Il n’en demeure pas moins que le PJD tient à certains départements «liés aux chantiers urgents qui nécessitent l’efficacité et la responsabilité» du premier parti, explique Choubani. Il s’agit de l’Economie, des Finances, l’Energie et les Mines, l’Eau et l’Environnement, l’Agriculture et le monde rural, l’Equipement et les Transports, la Communication et le Secrétariat général du gouvernement. Ce dernier poste constitue en effet un grand challenge pour le chef du gouvernement. Le SG du gouvernement a toujours été un technocrate qui n’avait pas de comptes à rendre au Premier ministre. Or, il s’agit d’un poste crucial puisque de lui dépendra l’efficacité et la réactivité du gouvernement. Une fois que le nombre de postes a été arrêté, le PJD a décidé que ses propres ministres seraient élus par les instances du parti. Ce n’est pas le secrétaire général qui décide. Une pratique pour le moins innovante qui supprime les critères familiaux ou claniques. Le ministre désigné travaillera donc, fort de sa légitimité partisane. La démarche est tout à fait différente dans les autres partis qui ont délégué à leurs secrétaires généraux la prérogative de choisir les ministres. D’où les craintes de certains membres du PJD que les alliés imposent des personnalités déjà connues et qui ne bénéficieraient pas d’une bonne image auprès du public. Mustapha Elkhalfi, le directeur du quotidien Attajdid et membre du bureau exécutif du Mouvement unité et réforme (MUR) a exprimé ses craintes que l’expérience du PJD soit un échec. Or, parmi les promesses les plus importantes du PJD, les citoyens ont retenu un gouvernement neuf et novateur débarrassé des visages qui ont suscité l’ire du peuple. Le jeu devient très serré pour le premier chef du gouvernement de l’histoire du Maroc. Certes Benkirane a déjà donné le ton de ce que sera sa mandature. Il a aussi apporté une fraîcheur bénéfique à la vie politique, mais il lui reste à faire tourner la machine gouvernementale dans le sens des promesses faites par son parti. Ses plus grands ennemis ne sont pas uniquement dans le rang de l’opposition, ceux-ci sont déjà clairement identifiés, mais dans sa propre coalition. Il a certainement entendu Abbas El Fassi insinuer que le programme du PJD est démagogique.

 

Les ambitions du PJD

Salaheddine Lemaizi

Pouvoir législatif
Le SGG, un ministère comme les autres

Les mesures promises par le PJD pour une mise à niveau constitutionnelle et législative devraient aboutir à un rééquilibrage des pouvoirs entre le Secrétariat général du gouvernement (SGG), les autres départements ministériels et le Parlement. Le PJD promet de «définir et de délimiter le rôle du SGG et de qualifier et former les services juridiques des différents départements ministériels». Avant l’adoption d’une loi, le parti de la Lampe propose la présentation d'études sur l'impact juridique des ces projets, qui devront être retenues comme base d'actualisation, de révision et d'évolution des lois. Le PJD veut créer au sein du parlement un centre d'expertise législative et d'analyse juridique dans ce sens. Pour une meilleure efficience des lois, le parti promet d’accompagner les textes par leurs décrets d’application.

Libertés et droits de l'Homme
Une nouvelle ère commence

Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) est dans la ligne de mire du PJD. Son programme promet de «réformer le cadre juridique des organismes nationaux œuvrant dans le domaine des droits de l'Homme, selon les critères de bonne gouvernance». Sur ce registre, Benkirane & Co. promettent «l’adoption effective du principe de la non-impunité, la révision des sanctions privatives de liberté pour la presse et la clarification et publication du cadre juridique des services de sécurité et de renseignements». Cette refonte devrait permettre au PJD de sévir contre «les crimes d'enlèvement, de disparition, d'emprisonnement ou d'arrestation arbitraires, pour les actes de tortures physique ou morale, pour les actes de racisme sous toutes ses formes».

Planification
Le retour du Plan et d’un grand ministère de l’économie»


Le PJD va-t-il tourner la page des fameuses stratégies sectorielles (Azur, Emergence ou Plan Maroc Vert) ? Si le parti ne l’annonce pas clairement, le programme du PJD veut lancer une «évaluation et intégration de stratégies par secteurs actualisées, sur la base d'un audit précis et avec la révision objective de leurs priorités, leurs objectifs et leurs sources de financement dans une perspective d'efficacité et de pérennité». À terme, cette évaluation devrait aboutir à l’adoption d’un cadre stratégique intégré pour le développement économique et social 2012-2016, avec les grandes orientations du Maroc d’ici 2025. Si le PJD arrive à établir ce cadre, ce sera le grand retour de la planification économique. Dans la même veine, les islamistes veulent regrouper les ministères «œuvrant dans la sphère économique au sein d'un seul grand département, dans le cadre de la formation de grands pôles gouvernementaux, homogènes et cohérents». Ces pôles sont les suivants : les départements régaliens (Intérieur, Justice….), les départements économiques (Commerces et industrie, Export…) et les départements sociaux (Santé, Education, Emploi…).

Finances
Un impôt juste et une banque islamique

Le PJD promet de maitriser le déficit dans une limite de 3% à travers une stratégie «courageuse» aux problématiques comme la compensation et les retraites. Sur la fiscalité, le parti veut réduire la charge fiscale de l’IR pour les catégories sociales défavorisées et moyennes et augmenter la contribution pour les hauts revenus. Pour l’IS, le PJD promet une réduction jusqu'à un seuil de 25%. Une réforme de la TVA est aussi proposée. Elle se compose d’exonérations des produits et services de première nécessité, de l’application du taux de 30% pour les articles de luxe et de l’adoption d'un taux unique pour les autres produits. La finance islamique, cheval de bataille du PJD, sera introduite dans le circuit financier marocain. L’argument du prochain Exécutif est que cet outil permettra «la diversification de l’économie et la promotion de nouveaux produits sur le marché».


Education et santé
Pour un meilleur accès à tous les citoyens

Dans l’éduction, le PJD veut mettre en place une stratégie nouvelle de réduction du taux d'analphabétisme (à 20% d’ici 2015, et 10% à l’horizon 2020, et suppression totale pour les 15-24ans dans les cinq ans). Pour la santé, le parti veut mettre en œuvre des «politiques efficientes pour une réduction (de moitié) des décès des mères à l'accouchement et des enfants de moins de 5 ans à travers l’amélioration du niveau d'hygiène et de santé de la mère et de l'enfant, et l’élargissement de la base des bénéficiaires des régimes de sécurité sociale en matière de santé, avec la priorisation des catégories actuellement non protégées». Autre stratégie en vue, celle concernant la stratégie nationale dans le secteur pharmaceutique à travers une «politique tarifaire plus juste et la promulgation d'une loi portant organisation de la profession d’aide pharmacien».

Famille et solidarité.
Renforcement du rôle de la mosquée

Le volet social du programme du PJD foisonne d’idées qui éclairent plus sur l’identité de ce parti. Ainsi les islamistes veulent «mettre en place des structures d’accompagnement des familles (Conseil supérieur de la famille) et promouvoir l’institution du mariage, renforcer le rôle de la mosquée dans la sensibilisation aux valeurs de générosité, de bienveillance et de solidarité au sein de la famille et de la société, adopter une politique efficace à l’égard de la femme, prenant en considération ses responsabilités familiales». L’INDH doit être optimisée vers plus d’efficacité et de précisions pour sa seconde phase. L’Agence nationale de supervision de tous les programmes de lutte contre la pauvreté et la précarité devrait assurer ce rôle.

Grand prix de la presse 2011 L’Observateur du Maroc consacré

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Reportée pour cause de calendrier électoral, la cérémonie du Grand prix national de la presse, 9e édition, s’est finalement tenue le 12 décembre 2011 à Rabat au lieu du traditionnel 15 novembre, Journée nationale de l’Information. En présence de Abdelilah Benkirane, le nouveau chef du gouvernement, véritable star de la soirée, et de Khalid Naciri, actuel ministre de la Communication, ainsi que de plusieurs membres du gouvernement, cette soirée a récompensé les meilleurs travaux journalistiques de l’année 2011.

Les lauréats 2011
Le prix de la télévision a été décerné à Yassine Omari pour son reportage sur le détournement des aides destinées aux populations de Tindouf et diffusé sur Al Oula dans le cadre de l’émission «45 min». Le prix de la radio a été attribué ex aequo à Houcine Khabbachi de la radio de Tanger pour son émission “La route vers la vie” et à Mohamed Al Rhidani pour son documentaire sur le parolier et compositeur, feu Abdenbi Jirari.
Quant au prix de la presse écrite, il est revenu à Youssef Jajili de la revue “Aoual” pour son reportage intitulé “Une semaine au sein d’un Etat chimérique : Reportage dans les camps de Tindouf” et à Salaheddine Lemaizi de l’hebdomadaire L’Observateur du Maroc pour son reportage “Le nord se shoote à l’héroïne” (disponible en ligne sur www.lobservateur.info)
Concernant le prix de l’Agence, il a été décerné à Nouredine El Hassani et à Abdellatif Aboulqasim, journalistes à l’agence Maghreb arabe presse, le premier pour son reportage intitulé “le périple spirituel d’un jeune marocain à travers les mosquées de France” et le deuxième pour son reportage sur les enfants de la lune à Laâyoune.
Le prix de la meilleure photo a été attribué ex aequo à Ahmed Bousserhane de l’hebdomadaire “La Nouvelle Tribune” et à Mohamed Werrak du quotidien “Al Ahdath al Maghribiya”.
Un des moments forts de la soirée était l’hommage rendu aux journalistes Abdellatif Jebrou et Amina Essoussi de la radio de Tanger. Ces deux pionniers du journalisme au Maroc ont reçu des prix honorifiques en hommage à leurs actions au service de la profession.
Le jury de cette édition a été présidé par Mohamed Mamade, directeur de la chaîne amazighe et comptait sept membres représentant différents organes de la presse nationale écrite et audiovisuelle, dont Jamal Hajjam de L’Opinion et Hamid Saâdni de 2M. Dans son allocution d’ouverture, K. Naciri a présenté le bilan de son département pour le secteur des médias qu’il a qualifié de «positif» et a appelé à l’adoption d’un nouveau Code de la presse, conforme à l’esprit de la nouvelle constitution. Le ministre de la Communication a estimé que l’autorégulation du secteur est le meilleur moyen pour respecter la déontologie, une mission que devrait assurer le prochain Conseil national de la presse.  Pour sa part, M. Mamade a proposé aux organisateurs du GPNP d’entamer une réforme de cette compétition. Parmi ses propositions : la mise en place de prix pour la presse anglophone, francophone et hispanophone ainsi qu’un prix spécial pour la presse amazighe. Le monde des médias s’est donné rendez-vous l’année prochaine pour la 10e édition du Grand prix.

Maroc-Golfe : Création du fonds Wessal Capital

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Investissements dans le cadre d'un partenariat entre le Maroc et trois pays du golfe. Un fond d’investissement doté de 20,8 milliards de dirhams vient d’être lancé.

Le Maroc et trois pays du Golfe viennent de signer un accord de partenariat pour le développement du tourisme au Maroc. L'accord conclu jeudi à Rabat entre le Fonds marocain pour le développement touristique (FMDT) et les Fonds d'investissement souverains des trois partenaires du Golfe mobilisera des investissements de plus de 20,8 milliards de DH dans le secteur touristique au Maroc, a indiqué le ministère du Tourisme et de l'Artisanat. Par cet accord les signataires concrétisent la création du Fonds Wessal Capital. Il s’agit  du FMDT (Maroc) et des Fonds Qatar Holding LLC, Aabar Investments PJS (Emirats Arabes Unis) et Koweit Investment Authority,  Al Ajial Investment Fund Holding. La signature s’est déroulée lors d'une cérémonie présidée par le Roi Mohammed VI, l'Emir du Qatar, Cheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani, le prince-héritier d'Abou Dhabi, Cheikh Mohamed Bin Zayed Al-Nahyan, et le ministre koweitien des Finances, Mustapha Jassem Al-Chamali.


Wessal Capital permettra de concrétiser de manière opérationnelle l'engagement volontariste pris au niveau du secteur du tourisme pour dynamiser l’investissement à même d'accompagner la réalisation des grands chantiers de la Vision 2020 présentée au Roi Mohammed VI lors des dernières assises du Tourisme en Novembre 2010.

La nouvelle structure, qui sera présidée par un représentant du Maroc, est innovante par sa structuration financière et la nature des projets qu’elle envisage de réaliser, souligne le ministère. Elle se dotera de profils pointus, qui lui permettront de relever le défi de mise en place de projets touristiques avec des concepts innovants et sophistiqués.

La création de cet outil d’investissement conforme à la stratégie d’investissement du secteur touristique du Maroc est « le fruit d’un partenariat qui vient consolider les relations historiques et fraternelles, liant le Maroc aux pays du Golfe ».

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