Maroc

Législatives 2011 Coulisses de campagne

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Ce renouvellement est très large. Quatre candidats sur cinq n’ont jamais sollicité le suffrage universel auparavant. Le chiffre est un peu trompeur car dans le mode de scrutin actuel, seules les têtes de liste comptent réellement, et le taux de renouvellement s’affaisse dès qu’on se limite aux têtes de liste.
Cependant, il faut saluer l’effort fait au niveau des candidatures ainsi que la publication de véritables programmes chiffrés et non pas des catalogues de bonnes intentions. La campagne enregistre aussi l’utilisation massive de l’Internet, les candidats créant des pages sur Facebook pour toucher un public plus large.
Ceci augure d’une campagne animée et le Maroc en a besoin pour mobiliser l’électorat. Il est d’ailleurs salutaire que les partis politiques aient décidé de tenir un meeting en commun, dimanche à Casablanca, pour appeler à la participation.
De leur côté, les autorités se montrent très décidées à combattre toutes les déviances, en particulier l’usage de l’argent. Plusieurs candidats ont été interpellés et des procédures judiciaires à leur encontre sont entamées. Cette ambiance où les efforts de crédibilisation sont visibles devrait permettre une plus grande adhésion populaire.

Quelle coalition ?
Par ailleurs, les programmes disponibles appellent deux remarques. La première est politique : le consensus autour des institutions et la volonté de mettre en pratique la nouvelle constitution sont clairement établies. La seconde a trait à l’économie. Là aussi, les choix fondamentaux ne sont pas remis en cause. On mesure à cette aune la cohésion du pays.
Les électeurs ont cependant des critères de choix. Entre le G8, le PJD et la Koutla, ils ont trois projets concurrents réellement divergents. Si l’Istiqlal ne fait plus mystère de sa volonté d’alliance avec les islamistes, il n’en est pas de même de l’USFP et du PPS. Officiellement, l’Ittihad n’a pas tranché la question et attend les résultats du scrutin pour choisir ses alliés. Le PPS s’interdit toute alliance avec le PJD, même si le discours électoral s’attaque plus aux PAM et G8 qu’aux islamistes. L’une des conséquences possibles de ce scrutin pourrait être l’éclatement de la Koutla. Le G8 ne se comporte pas comme une alliance électorale, les partis le composant se faisant concurrence dans la majorité des circonscriptions. Le mode de scrutin ne favorise pas les alliances. C’est un débat qu’il faudra rouvrir si l’on veut réellement rationaliser le champ politique.

 

Med Caravane

Fatima-Zohra Jdily
Après avoir sillonné plusieurs régions du Maroc, Med Caravane, ou la Caravane de citoyenneté, a choisi comme seizième et septième escales respectivement la ville d’Oujda et d’El Hoceima. Cette caravane, organisée par Med Radio en partenariat avec L’Observateur du Maroc et Al Ahdat Al Maghribia, s’est fixé comme objectif  d’informer la population, et en particulier les jeunes et les femmes, sur les enjeux électoraux, l’importance du vote et le devoir de vigilance, et lutter contre l’abstention. Il faut dire que Med Caravane s’est assigné comme vocation de promouvoir le civisme et la citoyenneté, tout en développant le sens de la responsabilité personnelle. Et comme dans toutes les régions visitées, les jeunes rencontrés à Oujda et El Hoceima ont livré librement ce qu’ils pensent de la situation politique au Maroc : «Le programme et les discours des partis ne me parlent pas», «Notre génération et nos jeunes ont besoin d'une nouvelle manière d'aborder des questions contemporaines», «Les partis politiques ne s’adaptent pas à la réalité et, à mon avis, ils ne l’ont jamais fait», «Nos jeunes marocains boudent les partis et la politique traditionnelle. Et la vision de s’inscrire dans une politique de responsabilité et de respect des valeurs dans lesquels les partis politiques devaient être l’acteur de changement n’a jamais existé…». D’après les intervenants (professeurs universitaires, experts, acteurs économiques et sociaux), cette prise de position s’explique par l'absence d'un discours partisan qui intéresse les jeunes et les carences socio économiques sont parmi les raisons de cette désaffection. Encore une fois, les intervenants ont affirmé que cette position explique une réalité amère. Le corps électoral au Maroc est très faible : sur 32 millions d'habitants, il y a à peine 12 millions d'inscrits. Cela signifie que 10 millions de personnes sont dans la nature, parmi lesquelles sans doute des millions de jeunes. Plus de 70% de la population ont moins de 40 ans et se manifestent peu dans les urnes. Aux dernières élections communales, en juin 2009, le taux de participation des jeunes n'avait pas dépassé 30%. Ils ont ajouté qu’«à chaque fois qu’on parle à un jeune de politique, de l’idée d’adhérer à un parti politique, on remarque qu’il est prêt à faire le premier pas. Mais la plupart du temps, il ne sait pas vers quoi et qui se diriger. Et même s’il le fait, pour quel changement ?». Eh oui, pour quel changement ? Le mot est lâché. Il a été rappelé que la révision de la constitution renforçant certains pouvoirs du chef du gouvernement, tout en maintenant la prééminence politique et religieuse du Roi, a été adoptée par référendum le 1er juillet. Dans ce contexte, les prochaines législatives auront sans doute valeur de test pour la jeunesse. Le Roi, dans un discours prononcé le 20 août 2011, a d’ailleurs appelé les partis politiques à «donner leur chance aux jeunes (...) pour favoriser l'émergence d'élites qualifiées, à même d'apporter du sang neuf à la vie politique». Les intervenants de Med Caravane ont confirmé qu’ils croient «que les jeunes doivent être une force de proposition. Ils sont capables de bâtir l’histoire d’un Maroc démocratique et engagé. Ces jeunes sont appelés aujourd’hui à s’acquitter de leurs responsabilités. Il a été aussi précisé que  la participation des jeunes et des femmes dans la vie politique est une question stratégique et prioritaire vu son impact sur le développement humain et la lutte contre la pauvreté et la précarité. Et comme mot de la fin, il a été rappelé que la politique n’a jamais été un investissement, mais plutôt un devoir. Soit on participe et on propose des idées, des solutions, soit d’autres décideront pour nous.

Sidi Slimane Radi and family

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Abdelouahed Radi, premier secrétaire de l’USFP et parlementaire depuis 1963, est encore une fois tête de liste à Sidi Slimane. Lors des législatives du 25 novembre, il aura comme principal rival Ismail Alaoui, membre du conseil présidentiel du PPS, qui vient d’être nommé tête de liste après le départ de Hicham Hamdani vers le PAM. À noter que Driss Radi, membre du bureau politique de l’UC et cousin d’Abdelouahed Radi, a nommé, sous la pression du bureau politique, Mostafa Jari, président de la commune rurale Dar Belamri, tête de liste du parti à Sidi Slimane !

Tiznit Aziz Akhannouch

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Le ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime, Aziz Akhannouch, aux couleurs du RNI, est tête de liste à Tiznit. Akhannouch aura comme adversaire Lahssan Benouari de l’USFP, vice-président du Conseil de la commune de Tiznit, soutenu par le PPS après le refus de la candidature d’Abdelatif Ouamou par le Conseil constitutionnel. De son côté, le PJD sera représenté par Abdeljabbar Alqasstalani, parlementaire et responsable régional du parti. Toutefois, le ministre, très bien apprécié dans la région pour ses multiples actions, ne devrait pas trop craindre la concurrence.

Législatives 2011 sauront-ils convaincre ?

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Les partis politiques ont présenté leurs feuilles de route, leurs programmes de gouvernement. La première constatation est qu’ils mettent tous en avant les mêmes problématiques. L’emploi est en tête des préoccupations, suivi du maintien du niveau des investissements publics, voire son augmentation. Les solidarités sociale et régionale viennent après.
Dans ces conditions, la question des ressources de l’Etat se pose et donc la fiscalité est au menu. Tous affirment vouloir mettre en place une politique qui permette un taux de croissance plus fort, le maintien du déficit budgétaire à 3% et une politique de renforcement de la protection sociale.
Sur l’emploi, les chiffres pleuvent. Le RNI s’engage à créer 250.000 emplois par an, l’Istiqlal un peu moins, puisqu’il parle de 800.000 sur cinq ans dont 50 000 dans l’administration. Le PJD, sans avancer de chiffres précis, prend des engagements assez identiques.
Tous ces partis lient, bien évidemment, l’emploi à la croissance. Le PJD fait fort en promettant un taux de 7%. Il considère qu’une gestion gouvernementale plus stricte, plus économe, qu’un climat de confiance chez les opérateurs permettra d’atteindre ce taux, surtout en soutenant des secteurs qui en ont besoin.
Tous les partis appellent à la rationalisation des dépenses de fonctionnement. Ils exagèrent ces possibilités parce que l’essentiel de ces dépenses est constitué par la masse salariale. Or, ils promettent tous de nouveaux recrutements !
Par contre, et c’est une nouveauté, tous s’attaquent à la dépense fiscale, ces fameuses exonérations qui coûtent à l’Etat près de trente milliards de dirhams par an. Ils comptent sur cette ressource pour se donner les moyens de leur politique.
La réforme fiscale n’est plus un tabou au nom de la stabilité du même nom, censée constituer un élément de la visibilité nécessaire à l’investissement.
Sur ce plan là, les promesses étant identiques, pas des propositions concrètes. Tous veulent une fiscalité plus équitable, une baisse de la pression fiscale et un élargissement de l’assiette par une incitation du secteur informel, préférée au terme de lutte contre l’informel, en ces temps électoraux.
Abdelilah Benkirane s’est même prononcé pour un taux d’impôt sur les sociétés ramené à 25%, ce qui est une revendication de la CGEM. Le RNI, l’Istiqlal et le PAM sont plus évasifs sur la question.
L’impôt sur la fortune, idée qui avait été lancée comme un ballon d’essai, a disparu des programmes comme par enchantement. Par contre, l’augmentation du SMIG à 3000 DH est retenue par tous les catalogues des promesses. La CGEM ne s’y oppose pas, parce que ses adhérents ont un SMIG moyen supérieur à cette somme. Ce n’est pas le cas des PME ou encore du secteur du bâtiment ou de l’off-shoring.
Notre dossier présente les propositions des partis les plus importants. Il faut en évaluer la cohérence entre les promesses de solidarité sociale, d’emplois, d’investissements et celle de rigueur budgétaire.
L’effort fait par les politiques de présenter des programmes chiffrés doit être salué parce qu’il dénote un respect pour l’électorat jugé adulte et capable de comprendre les subtilités de la gestion de la chose publique.

 

Koutla Pacte pour l’avenir

HAKIM ARIF
Qui a dit que la Koutla était morte ? Elle vient de se manifester avec ce qu’elle a appelé «un nouveau pacte pour l’avenir», une plate-forme commune qui lui servir d’argument dans la bataille électorale. Ainsi, L’Unions socialiste des forces populaires, le Parti de l’Istiqlal et le Parti du Progrès et du Socialisme ont rendu public, le 2 novembre, leur programme, démontrant que la Koutla reste resserrée autours de ses fondamentaux. «Les analyses qui prédisaient l’agonie et la mort de la koutla ne sont pas fondées. Ce cadre se renouvelle grâce à ses idées», a souligné Abbas El fassi, SG du parti de l’Istiqlal. Abdelwahed Radi insiste sur le fait que la koutla n’est pas une alliance conjoncturelle, mais «une coalition qui a porté ses fruits durant les vingt années de son existence». Selon lui, elle a participé activement aux différentes réformes constitutionnelles. Bien sûr les trois composantes reconnaissent qu’il y a eu des difficultés, mais elles ont pu les dépasser, restant «fidèles à leur engagement commun». Le pacte pour l’avenir n’est certes pas, à proprement parler, un programme électoral et encore moins un programme de gouvernement, mais il représente les engagements de la formation. Elle est basée sur plusieurs axes: le passage de la société de tutelle à celle de la citoyenneté responsable ; l’achèvement de l’édification de l’Etat démocratique de droit et des institutions ; la mise en place d’une nouvelle charte sociale garantissant l’équité et le développement ; l’adoption d’une politique économique volontariste ; la prise en considération des changements régionaux et internationaux… Des engagements sur la base desquels la Koutla pourra être jugée une fois aux affaires. Mais, déjà, on sent que la Koutla a compris la leçon durant cette législature. Le Secrétaire général du PI, Abbas El Fassi, dernier Premier ministre de l’ancienne constitution, explique que le gouvernement doit être basé sur une majorité homogène, ce qui signifie que la majorité actuelle ne l’était pas. Néanmoins, aucune indication quant au fait de savoir si la Koutla pourrait ou non travailler avec les alliés d’aujourd’hui au sein du futur gouvernement. Tout dépendra des résultats du scrutin du 25 novembre. La Koutla va tout faire pour avoir la majorité ou du moins s’en rapprocher afin de renforcer sa position dans d’éventuelles négociations. Nabil Benabdellah, SG du PPS est réaliste : «tout ce qui se dit maintenant reste des supputations. Il faut attendre les résultats et décider après.». Toutefois, on le sait dès à présent, la Koutla ne fera pas le premier pas pour négocier sa participation au gouvernement. Pour Abbas El Fassi, tout sera déterminé lors de la campagne électorale puisque la majorité des citoyens ne relève pas des partis. Ce sera donc à qui saura les convaincre.

 


Alliance pour la démocratie  Le temps des réalistes

Hakim Arif
C’est le temps des réalistes. L’Alliance pour la démocratie a présenté, mercredi 2 novembre 2011, son programme électoral qui est déjà un programme gouvernemental à part entière. La manière d’abord ne laisse pas indifférent. La présentation a été faite au nom de l’ensemble des partis de l’Alliance et non par Salaheddine Mezouar. Un point à mettre à l’actif de ce groupe qui chaque jour démontre qu’il n’est poussé par personne et qu’il se débrouille par ses propres moyens intellectuels. Le travail a dû mobiliser beaucoup de monde et consommer beaucoup de temps et d’énergie pour un programme ni optimiste ni pessimiste. Il peut être qualifié sans exagération aucune de réaliste. L’Alliance pour la démocratie reconnaît d’abord le contexte difficile dans lequel va devoir évoluer l’économie marocaine les cinq prochaines années. Néanmoins, les rédacteurs du rapport sont pleinement convaincus qu’il y a de grandes mines de richesses non encore exploitées ou mal exploitées qui pourront donner à l’économie un véritable coup de pouce. Comme il fallait s’y attendre, de la part d’un groupe politique qui vise le gouvernement, le programme a couvert tous les aspects de la vie du citoyen. Ainsi la dignité n’est plus, dans le projet de l’Alliance, une notion vague et sans aspérités. Elle devient concrète : logement décent avec une accessibilité plus large, enseignement efficace pour faire du Maroc une vraie force technologique et un système de santé qui répond aux besoins des citoyens.
Ainsi dans le volet social, l’Alliance compte éradiquer les bidonvilles. Elle compte octroyer à cet objectif 70% des revenus du Fonds de solidarité habitat. Elle prévoit également de revoir le financement du logement social avec comme tendance un prix de vente de 5.000 DH le mètre carré. Pour la santé, l’Alliance allouera 5 milliards de dirhams à la construction de 5 nouveaux Centres hospitaliers universitaires et à la réduction à 25% au lieu de 75% du coût des prestations médicales à la charge du citoyen. Parallèlement à cela, elle compte généraliser la couverture médicale aux indigents à travers le RAMED. Toujours dans le domaine social, l’alliance prévoit une réforme de la Caisse de compensation dans le but d’affecter la moitié des subventions directement aux populations vulnérables.
Mais bien sûr le centre de tout ce programme, puisqu’il conditionne tous les autres objectifs, reste la relance économique. L’Alliance table sur une croissance de 6%, nécessaire, selon elle, pour la création de 200.000 emplois, dont 150.000 via les stratégies sectorielles et le renforcement des ressources du Fonds de promotion des jeunes. Celui-ci devrait augmenter à 3 milliards de DH. Les 50.000 emplois restants seront créés par l’auto-emploi. La promotion des PME et des TPE a une grande place dans le programme de l’Alliance. Pour les PME, l’Alliance propose la réduction de l’IS d’un point chaque année pour le ramener à 25% en 2016. Quant aux très petites entreprises, elles paieront un IS fixe de 15%.
Il y a cependant deux aspects du programme qui sont passés inaperçus lors de la conférence de presse de présentation et qui méritent qu’on s’y attarde, l’Alliance pour la démocratie s’engage à assurer la sécurité des citoyens et à promouvoir le rôle du Maroc à l’échelle internationale. Elle donne ainsi la preuve que si elle vient au gouvernement c’est pour prendre ses responsabilités dans tous les domaines. Jamais un parti n’avait inséré dans son programme électoral un engagement aussi tabou. On a longtemps admis que les Affaires étrangères et la sécurité ne sont pas du ressort du gouvernement. L’esprit de la nouvelle constitution est ainsi respecté.

 

Le PJD rêve d’une nouvelle gouvernance économique

Salaheddine Lemaizi
«L’islam est libéral économiquement». C’est par cette phrase rassurante à l’adresse des patrons marocains que Abdelilah Benkirane, SG du PJD, a terminé son opération de séduction, ciblant les milieux d’affaires et les membres de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). La première phase de cette opération a commencé le 14 octobre 2010 à la Bourse de Casa. Le gotha de la finance marocaine a alors découvert un PJD pragmatique et prêt à gouverner. La deuxième phase a été lancée le 25 octobre, avec la présentation du programme général du parti. Cette démarche de marketing politique s’est terminée par le passage d’A. Benkirane chez Mohamed Horani, le patron des patrons. Le volet économique a retenu l’attention et a surpris par ses propositions jugées «trop optimistes».

Des promesses ambitieuses
Les propositions économiques des islamistes confirment l’orientation libérale de ce parti. Ainsi, le PJD pense que son «Maroc nouveau» passe par «encourager l’investissement productif, créateur de richesse et le produit national ; garantir la transparence, la protection à l’initiative et la compétitivité privée, séparer le système de production de celui de la solidarité et intégrer positivement la mondialisation».
En chiffres, ces principes se traduisent par des promesses électorales qui placent la barre assez haut. Le parti de la lampe vise un taux de croissance annuelle de 7%, veut baisser le chômage de deux points (le gouvernement actuel l’a baissé de 0.7%), réduire de moitié le taux de pauvreté, hausser le revenu des citoyens de 40%, faire passer le SMIG à 3000 DH, stabiliser le déficit budgétaire à 3%, doubler le rendement de l’investissement public, baisser le seuil d’accès aux mesures d’investissement spécial à 100 millions de DH au lieu de 200 MDH actuellement et faire profiter les PME de 30% des grands marchés publics. Selon le PJD, ces mesures permettront au Maroc de passer du 75e au 60e  rang dans le classement de l’Indice de compétitivité mondiale. Le PJD promet aussi de faire passer le classement du Maroc dans le Doing Business relatif au climat des affaires de la 94e  à la 70e place.

Un libéralisme défensif
Mêlant références libérales et interventionnisme, ce programme contribue-t-il à mieux situer le PJD économiquement? Pour Mustapha Khalfi, membre du bureau politique du PJD et coordinateur de ce programme, ces propositions traduisent l’identité «économiquement libérale du parti mais qui ne nous  empêche pas de faire appel à des mesures défensives quand il faut défendre l’économie nationale, comme le font les Etats-Unis».
Sur le volet fiscalité, le PJD promet «plus d’efficacité». Aux yeux de ce parti, ceci passe par «l’imposition des hauts revenus et la baisse de l’impôt pour les classes pauvres et moyennes». Concrètement, ceci passerait par l’exonération de la TVA sur les produits alimentaires de base et le matériel médical, la hausse jusqu’à 30% pour les produits de luxe et le passage à un taux unique pour le reste des produits. Pour l’IS, le PJD propose de le baisser à 25% et d’élargir l’assiette fiscale en intégrant les PME à travers l’application du taux de 15% sur les entreprises qui ont un CA égal au moins à 5MDH.
Cette refonte de la fiscalité devrait s’accompagner par «une remise en cause sérieuse de la gouvernance économique. Ce qui nous fait défaut c’est une stratégie qui coordonne les seize visions sectorielles mises en place. Parvenir à cet objectif nous permettra de faire des économies importantes», prévoit M. Khalfi du PJD. Pour y arriver le programme du parti propose d’établir une stratégie socio-économique globale portant sur la période 2012-2016, avec de grandes orientations jusqu’en 2025. Cette mesure fait partie des 85 propositions économiques avancées par le PJD.

Obama et Erdogan comme modèles
Selon le coordinateur du programme du PJD, les propositions du parti sont le fruit de «deux ans de réflexion, de travaux de vingt commissions thématiques, de vingt-cinq experts membres du parti ou indépendants, plus un comité central qui a traduit ce travail scientifique en document politique». L’équipe du PJD s’est inspirée de son programme de 2007, de rapports d’institutions nationales (HCP) et internationales (PNUD, Banque mondiale, etc.) mais aussi de programmes politiques comme celui d’Obama en 2008 et d’Erdogan, chef du l’AKP turc, parti islamiste au pouvoir, considéré comme LE modèle pour les islamistes en quête de pouvoir.

 

«Le Parti de l'Istiqlal n'a jamais été seul.»
Saâd El Alami membre du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal, ministre chargé de la modernisation des secteurs publics.

Entretien Réalisé par Hakim Arif

L’Observateur du Maroc. Quel bilan fait-on au PI du gouvernement qu’il a conduit ?
Saâd El Alami. Il serait très difficile d'évoquer, en quelques lignes, un bilan gouvernemental à travers lequel notre pays a réalisé de grands acquis aux niveaux politique, économique, social et culturel.
Toutefois, il convient de noter en relation et, par exemple, seulement:
• l'augmentation des allocations d'investissements publics, passant de 83 milliards de dirhams en 2007 à 167 milliards dirhams en 2011, ce qui a contribué à accélérer le rythme des projets majeurs dans la consolidation des efforts déployés au niveau des différents secteurs sociaux et productifs.
• la croissance du nombre des fonctions publiques, doublant ainsi le nombre de postes d’environ trois fois, en passant de 7000 à 23.820 postes budgétaires en 2010.
• Amélioration des salaires de tous les fonctionnaires sur la base d’au moins 900 dirhams, et la réduction de la pression fiscale sur tous les citoyens en vue d’améliorer leurs revenus et de soutenir leur pouvoir d'achat.

Dans le jeu des alliances, après celle de l’alliance pour la démocratie et celle de la gauche conduite par l’USFP,  le PI est toujours seul. Est-ce à dire que la Koutla n’est plus opérationnelle ?
Le Parti de l'Istiqlal n'a jamais été seul étant, avant tout, un parti national, populaire, qui dispose de ses bases et de ses masses populaires, et qui compte des militants qualifiés hommes, femmes et jeunes.
Pour ce qui est de la Koutla démocratique, ce bloc est bel et bien présent, il est agissant et il est tout à fait conscient de l'importance de ses responsabilités, particulièrement dans cette étape cruciale que traverse notre pays. La Koutla œuvre pour faire avancer le pays dans le cadre de la mobilisation et de la solidarité effective entre ses composantes.
Par ailleurs, les partis de la Koutla démocratique déclineront, dans les jours très proches, la plate-forme de leur programme commun qui est une actualisation et un enrichissement de la charte de la Koutla. Ce sera l'occasion de clarifier les positions du Bloc à la veille des échéances que connaîtra notre pays, à commencer par les prochaines élections législatives propres à la Chambre des représentants, et ce conformément à notre souci d'une mise en oeuvre adéquate et efficiente des dispositions de la nouvelle Constitution, de façon à garantir pour notre pays sa grande mutation démocratique à laquelle aspire notre Nation, Roi et peuple.

Le Maroc a besoin de solutions aux nombreux problèmes sociaux. Le PI est-il capable d’apporter des réponses innovantes et efficaces ?

Il n'en est pas seulement capable, mais il est effectivement engagé dans la réalisation des réformes profondes qu'impose la question sociale au Maroc. Vous pouvez prendre connaissance de certains programmes de réforme dans les différents domaines sociaux à travers le programme électoral mis au point par le parti et qui sera annoncé officiellement dans les quelques jours qui viennent. Ce programme contient de nombreuses mesures et dispositions innovantes et efficaces à même de répondre aux problématiques sociales, particulièrement pour ce qui est de l'emploi, de la santé, de l'enseignement, de l'habitat ou de la réduction des écarts sociaux et les disparités territoriales dans le cadre d'une vision intégrée visant la réalisation du développement global et durable.

Le PI est-il prêt à faire partie d'un gouvernement conduit par le RNI ?
Il serait plus sage d’attendre les résultats des urnes.

Attention, la jeunesse de l’USFP regarde

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A l’USFP, il y a des jeunes du 20 février. Et ce n’est pas nécessairement un avantage. Ces jeunes suivent minutieusement le processus d’accréditation des candidats aux élections prochaines et constatent que le parti continue à porter à la candidature des noms connus pour leur jeu trouble en politique. Les marchands des élections ne passeront pas, disent ces jeunes qui appellent à ne pas voter pour ces candidats.

Scandale en vue

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Le Conseil de la concurrence n’arrête pas de dévoiler toutes ces pratiques anti concurrentielles qui parfois peuvent avoir de graves conséquences. Ainsi, dans son dernier rapport, le Conseil a dévoilé les pratiques illicites en cours dans le domaine de la santé. Les laboratoires corrompent les médecins pour qu’ils prescrivent leurs médicaments. Une pratique que tout le monde connaît et que tout le monde néglige.

CES MAROCAINES QUI Dérangent

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Mais une mise en garde nécessaire et d’une brûlante actualité. Celle d’un bref «printemps arabe» qui risque fort malheureusement de virer en un long et éprouvant hiver pour les femmes… et qui n’est pas sans éveiller les inquiétudes des Marocaines. Où en sont-elles dans leur combat contre l’obscurantisme religieux et la misogynie ordinaire? Qu’est-ce qui entrave la pleine égalité des sexes au Maroc ? Que sous-tend cette animosité, déclarée ou inconsciente, envers elles? Eclairage.

Printemps des peuples, hiver des femmes ?
Des dictatures laïques remplacées par des théocraties islamiques. Peut-on concevoir pire pronostic ? Même si l’on se contient dans ce mouvement de panique généralisée pour ne pas imaginer un scénario à l’iranienne, au vu des ingrédients du soufflet révolutionnaire (des gauchistes et des progressistes qui s’allient à l’extrême-droite religieuse pour renverser un vieux régime autoritaire), beaucoup reconnaissent que les premiers fruits de l’enthousiasmant printemps arabe sont bien amers. Et comme dans nombre de lendemains de révolutions qui déchantent, «le sexe biologiquement faible», qui en fait n’est qu’ «un sexe socialement vulnérable», est le premier à pâtir de la distribution des nouvelles cartes du pouvoir. Ainsi, à l’heure où, à Tripoli, Moustafa Abdeljalil parlait, dans son premier discours public à destination du «peuple libyen affranchi» (du joug de Kadhafi, ndlr), d’imposer la charia comme unique source de loi dans la future constitution du pays... A Tunis, le parti Ennahda, du haut de sa barbe bien taillée, ne faisait qu’une bouchée du jasmin de Bouazizi, cueilli au prix de centaines de martyrs de la dignité et de la liberté. Tandis que l’Egypte post-Moubarak s’attend à une sortie des urnes victorieuse pour les disciples d’Hassan El Banna à la fin du mois de novembre, et que l’Algérie voisine suffoque sous le poids combiné des bottes des généraux et des vetos à tout-va des députés islamistes…


Cet islamisme politique que la femme agace
Que ce raz-de-marée «vert péninsule», surfant sur la vague du retour en force du sentiment identitaire arabo-musulman, découle (ou non) des digues érigées par les régimes de la région contre l’opposition laïque (notamment gauchiste) durant les décennies suivant la décolonisation de l’Afrique du Nord et de l’Orient, est un tout autre débat. Que les mouvements islamistes aient confisqué la révolution de la jeunesse, en Tunisie, en Egypte ou en Libye, car ils constituent le seul véritable contre-pouvoir solide et structuré, qui a réussi à séduire les masses populaires (démunies, déçues par les politiques et foncièrement croyantes) via l’investissement social sur un terrain délaissé par l’Etat et à travers son discours simpliste (un parti de Dieu ne peut vous trahir), c’est un fait quasi établi. Mais quoi qu’il en soit, le résultat est là. Réprimés hier, les adeptes de l’islam radical font aujourd’hui de la femme le défouloir privilégié de leurs frustrations longtemps contenues. Non sans raison. Dans la littérature intégriste, «Hawae», l’Eve biblique, est le premier ennemi du fondamentaliste, mais aussi l’arme redoutable de sa guerre idéologique. Tentatrice, alliée de Satan, elle doit se confiner autant que faire se peut dans l’étroit espace domestique qui lui est attribué et, si elle est amenée à mettre les pieds dehors, est sommée de couvrir son corps du regard des hommes, comme le stipule la chariâa. Sans quoi, elle sème la «fitna».

De l’exploitation de la femme par les courants fascistes
Dans les faits, conscient du rôle de la femme comme premier vecteur de valeurs au sein de la cellule familiale, et de son pouvoir d’influence indéniable sur son environnement extérieur, l’islamisme radical l’exploite à ses fins politiques, pour s’attirer le plus de sympathisant(e)s possibles. Et sa propagande fonctionne, auprès de classes moyenne et populaires qui, dans leur grande majorité, se tournent vers la religion comme ultime refuge à leur désarroi matériel, moral, idéologique ou identitaire: «La Oumma c’est une grande famille, solidaire et chaleureuse envers tous ses enfants. Il fait bon y vivre, alors dans le groupe, fais comme tous les membres du groupe. Autrement, c’est menacer d’ébranler le socle identitaire la Oumma, qui n’est autre que l’Islam»…Ainsi, la «Mouslima» exemplaire est présentée comme une épouse et une mère modèle, toujours souriante, heureuse de servir son mari et d’élever ses enfants, couverte sans rien perdre de sa coquetterie, abandonnant son travail quand son foyer ou le bien de la Oumma l’exige, instruite juste ce qu’il faut pour suivre la scolarité de ses petits et ne pas faire trop d’ombre à son homme. L’islamiste BCBG ne vous dira jamais que la femme est inférieure à l’homme, il clamera qu’elle est «son complément», le concept de l’égalité des sexes étant «biologiquement impossible» et «étranger à nos références islamiques, le Coran garantissant d’ailleurs tous ses droits à la femme». Une rhétorique fourbe, qui n’est pas sans rappeler les discours manipulateurs d’un certain Mussolini, Franco ou Hitler dans l’Europe fasciste des  années 30, ou plus récemment, le marketing des sectes fondamentalistes chrétiennes. Preuve du double discours islamiste, lorsqu’une de ses activistes cherche à trop «pointer son foulard» au-dessus de la mêlée de qamiss, de hijab ou de niqab, jouant les pasionarias de la verte bannière, elle s’attire les foudres détournées de ses «ikhwanes», qui font alors tout pour écorner l’image politique de leur «s?ur». En atteste la mise au ban progressive d’une certaine Nadia Yassine, fille du célèbre père fondateur d’Al Adl wa Al Ihssane, par les membres de la mouvance islamiste.   

A tout réveil, claque est bonne…
En somme, le pouvoir de la femme fait peur aux obscurantistes car ils la savent apte à rivaliser avec eux puis à leur arracher leurs privilèges autoproclamés. Logique qu’ils cherchent alors à la dominer en la privant de ses libertés fondamentales, de mouvement, d’habillement, de pensée. D’être tout simplement. Ce n’est donc pas un hasard si le chef du CNT a évoqué d’entrée de jeu la restitution du droit légal à la polygamie, aboli sous la Jamahirya. Ce n’est pas fortuit si Rached Ghanouchi évite d’aborder dans le détail les acquis bourguibiens (interdiction de la polygamie, de la répudiation, droit à l'avortement libre et au divorce judiciaire), se contentant de rassurer l’opposition à venir sur l’intention d’Ennahda «de respecter le statut de la femme tunisienne». Alors que ceux qui ont côtoyé de près «la bête salafiste», et qui l’accusent notamment d’avoir reçu des fonds étrangers occultes pour financer la campagne électorale de sa formation, recommandent de ne pas se fier à ses airs empruntés d’admirateur de l’AKP turc. Ce n’est pas non plus le fruit d’une coïncidence que la nuit algéroise soit devenue un coupe-gorge pour les 20% d’Algériennes non voilées. Ni qu’à Rabat, des jeunes militantes du mouvement du 20 février se fassent traiter de filles de joie et de mécréantes dans les assemblées générales et les manifestations du même M20 par les activistes d’Al Adl wall Ihissan  et de la Salafiya Jihadiya voire même se fassent gifler par ces derniers,  car elles ne portent pas «le hijab ou le niqab», et qu’elles s’opposent à l’instauration d’une république islamique au Maroc. A tout réveil, claque est bonne serait-on tenté de dire...

Quand les gardiennes s’aventurent hors du temple
Malheureusement, cette crainte inavouée de la femme n’est pas le propre de la pensée intégriste, mais se retrouve dans la misogynie ordinaire du Marocain lambda. Par l'accès à l'éducation et à l'emploi, nombre de Marocaines ont acquis une autonomie financière, morale et affective grandissante depuis la fin du protectorat. Plus assidues à l’école, souvent plus productives au travail, elles sont également de plus en plus nombreuses à s’engager dans la vie politique et associative. Symbole de la place prépondérante de la citoyenne marocaine dans le développement de son pays, le révolutionnaire nouveau Code de la Famille, voté en 2003 sous l’impulsion royale, et venu couronner le combat de longue haleine des féministes marocaines, a été fortement fustigé par les islamistes mais aussi les conservateurs de tous bords, effrayés de voir se déliter les privilèges accordés aux hommes par un patriarcat qu’ils pensaient immuable. La Marocaine continue ainsi à déranger dès lors qu’elle sort du moule de «la fille de bonne famille», du cadre de «l’épouse et mère dévouée», ou, dans les alcôves, du rôle de l’amante maîtresse de son propre désir, et non objet servile de la libido supposée débordante et envahissante du mâle. En témoignent les 1001 clichés sur les femmes, dont les racines remontent parfois aux mythes millénaires de la culture populaire marocaine, patchwork de croyances africaines païennes, postislamiques, et d’influences occidentales: «les femmes ne peuvent pas gouverner un pays, elles sont trop lunatiques», «elle s’est fait agresser dans la rue, elle l’a bien cherché avec son habillement», «elle est lesbienne, comme toutes les féministes», «elle a un avis sur tout, je plains son époux», «il est fou d’elle, elle lui a jeté un sort». Ou encore: «Son train de vie est trop luxueux pour son salaire», «C’est une fille légère, elle habite seule», «Elle travaille à Dubaï, on comprend maintenant d’où lui vient son 4X4», «sa nomination, c’est certainement une promotion-canapé», «elle passe tout son temps au travail, c’est une mauvaise mère». Sans oublier les classiques: «elle a épousé un homme de l’âge de son père, elle est prête à tout pour s’enrichir», ou les inédits : «son copain est de 10 ans son cadet, c’est une obsédée sexuelle»…Autant de stéréotypes sexistes, caricatures tenaces de la sorcière charmeuse et castratrice, de l’intellectuelle rigide et frigide, de la bimbo matérialiste ou de la carriériste sans scrupules, qui traduisent encore une fois cette frilosité quasi-épidermique à l’égard des femmes.

Rapports de genre, méfiance et crispation
De ce besoin qu’ont beaucoup d’hommes de garder un ascendant sur leur partenaire féminine, que ce pouvoir soit physique, matériel ou moral, naissent des rapports de genre malsains, basés sur la méfiance mutuelle, et son corollaire, le profit, sexuel ou pécuniaire, dans l’attente de «l’ Amour vrai», pur et désintéressé… romanesque et fantasmé. Harcelée dans une rue rendue hypersexuée par les frustrations masculines, persona non grata dans ces espaces publics qu’elle ose vouloir occuper au même titre que l’homme, la jeune marocaine de 2011, moderne, instruite et émancipée, jugée pervertie par les valeurs débauchées de l’occident, peine à trouver un compagnon de vie qui veuille d’une relation d’égal à égal, fondée sur le respect et le partage des plaisirs comme des responsabilités. Tiraillé entre son aspiration à vivre «à l’européenne» et l’attachement aux privilèges phalliques, le jeune marocain de 2011, perdu, s’en retourne souvent, après avoir joué les Casanova, à la traditionnelle «bent nass» dès lors qu’il s’agit d’engagement marital. Peu importe que la candidate au poste de «Madame Flane» se soit littéralement fait refaire une virginité, ou qu’elle endosse le déguisement de la ravissante idiote/ménagère parfaite, pourvu que l’honneur viril de «Monsieur Flane» soit sauf et que la façade conjugale brille en société.

L’égalité dans les lois… en attendant la vraie
Pareillement, dans les sphères économique et politique, les femmes qui parviennent à gravir les échelons de responsabilité et de décision, ou à se faire un nom dans la constellation artistique et sportive, doivent faire montre de deux fois plus de persévérance et de courage pour ne pas céder  à l’oeuvre destructrice de la misogynie ambiante à leur encontre: «L'égalité en tant que valeur démocratique fondamentale est désormais  inscrite dans les lois marocaines mais malheureusement, le pouvoir masculin fait tout pour l'empêcher de se traduire de manière palpable et effective dans la réalité. Il n'imagine qu'un seul ordre social, celui où il détient tous les pouvoirs. Le travail doit porter sur le changement des mentalités et de l’éducation des enfants, une tâche de longue haleine. En outre et de manière universelle, le système politico-économique régnant dans le monde actuel fait tout pour maintenir cette situation malgré les discours égalitaristes tenus dans un grand nombre de médias. On constate des lois égalitaires sur une réalité inégalitaire qui ne  peuvent qu’entraîner des effets pervers pour les femmes. Il faut désormais s'intéresser à des solutions fondamentales qui peuvent assurer une conciliation historique et définitive entre l’homme et la femme», analyse Fouad Benmir, sociologue.  

Marocaines, continuez à déranger!
Elles sont des milliers de Marocaines à se battre tous les jours pour arracher leur droit à une citoyenneté entière, et celui de leurs enfants à un Maroc meilleur. Les «dames dérangeantes» dont nous avons choisi de dresser le portrait dans ce numéro ont cela en commun d’avoir soulevé la polémique, par leur choix de vie, par leur action sociale, par leurs positions politiques singulières ou leur audace artistique. Téméraires amazones, elles essuient sans broncher les plus viles critiques, allant pour certaines jusqu’à risquer leur vie pour défendre leur cause de cœur. Députées, ministres, présidentes d’associations, chanteuses,  danseuses ou comédiennes, elles représentent à elles seules un échantillon du Maroc contemporain, dans sa diversité effervescente, sa fougue intrépide, et tous ces paradoxes qui font sa richesse.  Car elles ont le mérite de faire éclore et de nourrir le débat sur les tabous les plus tenaces de notre société,  de poser les questions qui fâchent, ces femmes, et les milliers de Marocaines qui luttent dans l’ombre, à leur échelle,  pour briser les chaînes de l’inégalité et de l’injustice, représentent l’Espoir. Celui d’un Maroc égalitaire, méritocratique et démocratique, probablement l’ultime bastion contre l’obscurantisme rampant du monde arabo-musulman. Pour toutes ces raisons, les Marocaines doivent continuer à déranger…

 

«Le grand handicap dans la traduction de cet esprit égalitariste au quotidien réside dans la mentalité masculine dominante».
Fouad Benmir, sociologue.

Entretien réalisé par M.I.

L’Observateur du Maroc.     Quelle est, à votre avis, la principale entrave sociologique à la pleine égalité des sexes au Maroc ?
Fouad Benmir. Il faut d’abord souligner que le Maroc a déployé d’immenses efforts dans le sens d'assurer à la femme une place honorable au sein de notre société. Le processus de la transition démocratique engagé depuis le début des années 90 a accordé une place importante à la question, via le lancement d’une politique volontariste de promotion des femmes dans le sens de l’égalité des sexes.
Cette stratégie s’est manifestée par plusieurs mesures. Parmi lesquelles, pour commencer, l'adoption en 2002 du scrutin de liste à la proportionnelle et de la liste nationale. Sur la base d’un accord entre les partis politiques, cette liste nationale de 30 sièges est réservée aux femmes pour assurer leur représentativité au sein de la chambre des députés. Autre mesure importante,  la réforme du Code du statut personnel (1957-1993), devenu depuis 2004 le Code de la famille,  puis l'intégration de l’approche genre dans les politiques publiques à travers la mise en oeuvre du Budget Genre en 2005. S’ensuivra  l’adoption de la stratégie nationale de lutte contre les violences à l’égard des femmes. Un autre symbole fort est  la réforme du code de la nationalité (datant de 1958) en 2007 et la nomination de sept femmes ministres la même année. Mais il faut le reconnaître que le grand handicap dans la traduction de cet esprit égalitariste au quotidien réside dans la mentalité masculine dominante, qui constitue une entrave de taille à pleine application des ces mesures. C’est un problème culturel qui nécessite un travail fondamental d'éducation et de conscientisation via le développement de dispositifs adéquats et de stratégies concrètes.

La société marocaine connait un regain de religiosité ces dernières années. En quoi cette montée du conservatisme menace-t-elle les acquis sociaux des femmes?
La société marocaine est musulmane depuis plus de 12 siècles, et les autres religions monothéistes y ont toujours cohabité paisiblement. En effet, le Maroc, fort de la richesse de son histoire, notamment de son héritage andalou, a toujours su gérer admirablement sa diversité confessionnelle. Je pense que notre Royaume, comparativement à d'autres Etats arabes et musulmans, a un atout historique qui le protège contre toute déviation au nom de la religion, atout qui n’est autre que la gestion du champ religieux par le Commandeur des croyants. Les Marocains sont très modérés et je dirais même plus, incarnent la philosophie même de la modération en Islam. Il est vrai que l’on voit surgir de temps à autre des minorités qui interprètent l’Islam à leur manière, s'éloignant de la philosophie religieuse de la majorité du peuple marocain, et par conséquent finissent par s’éteindre d’eux-mêmes avec le temps. Ceci dit,  il ne faut pas croiser les bras et attendre que le temps fasse son travail, mais s'organiser dans toutes les instances autorisées par notre Constitution pour défendre les valeurs de notre société et maintenir notre modération qui nous a garanti une paix durant plus de 12 siècles. Car seule cette valeur intrinsèque à notre nation nous permettra d'avancer socialement, économiquement et politiquement.

 

Femmes Inventaire des sujets qui fâchent

Salaheddine Lemaizi
L’avortement
Un sujet de campagne électorale ?
D’un sujet tabou, l’Interruption volontaire de la grossesse (IGV) est désormais un thème de débat public. A en croire Nouzha Skalli, ministre dans l’équipe El Fassi, ce sujet faisait partie de l’ordre du jour de l’Exécutif. Si rien de concret n’a été encore décidé, cette sortie a le mérite de faire de ce sujet un thème de campagne électorale. Surtout que l’Association marocaine pour la lutte contre l’avortement clandestin a déjà préparé un plaidoyer complet sur le sujet. Rappelons ce chiffre effrayant annoncé par l’AMLAC : entre 600 et 800 avortements clandestins se font au Maroc… chaque jour.

L’égalité dans l’héritage
Un débat balbutiant
La coalition féministe «Printemps de l’Egalité» avait lancé un pavé dans la mare en proposant un premier débat sur le sujet. Depuis, pas grand-chose à signaler. Le gouvernement, comme les partis, font la sourde oreille. Les islamistes considèrent le sujet comme une ligne rouge (voir l’interview de B. Karkouri). Le combat courageux des femmes Soulaliyates pour avoir accès aux terres agricoles communes qui leurs reviennent de droit fait avancer la question de l’héritage de la femme. Une inégalité qui subsiste à cause du poids des coutumes et d’un système judiciaire inéquitable.

Femmes sans réserves
C’est fait !
L’annonce faite en 2008 par Maroc de lever les réserves sur l’article 16 de la Convention des Nations Unies pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) n’avait pas fait de vagues. Ce texte porte sur les droits et responsabilités au cours du mariage et lors de sa dissolution. Trois ans après, l’officialisation de cette annonce suscite des remous dans le camp islamiste qui se déclare «outré par une telle décision». La galaxie islamiste composée du Mouvement unicité et reforme (MUR), du Forum Ezzahra et du Parti justice et développement (PJD) est montée au créneau pour dénoncer cette décision. Pour sa part, Fouzia Assouli, de la Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF), considère les sorties des islamistes comme «une nouvelle tentative d’exploiter la religion musulmane et de chatouiller les instincts machistes hostiles aux droits des femmes à des fins électoralistes et par calcul politicien». La levée des réserves n’est pas complète selon les camps féministes qui appellent à lever les réserves sur les articles 2 et 15 de la même convention.

La liste nationale
Un sujet de discorde
En 2002, le Maroc connait un tournant dans la représentativité politique des femmes. Le gouvernement entreprend une mesure transitoire dans ce sens. La loi organique de la Chambre des représentants adopte un quota, pour une «liste nationale» avec 30 sièges (sur 325), ce qui représente 10.46 % des sièges. Le Maroc tente ainsi de récupérer le retard accusé dans ce domaine. Pourtant, tout était bien parti pour assurer une présence féminine dans l’hémicycle. La femme marocaine a obtenu le droit de voter et de présenter sa candidature dès 1963, dans les mêmes conditions d’égalité que celles de l’homme. 50 ans plus tard, le gap entre les deux sexes en politique est profond. Ce n’est qu’en 1993 qu’une première femme est élue à la chambre basse. Et vient en 2002 la «liste nationale» qui répare une injustice et ce suite au plaidoyer du mouvement des féministes. Lors des élections municipales de 2009, le Maroc franchit un nouveau pas dans ce sens. 3 406 femmes ont été élues sur un total de 20.458 candidates, contre 127 en 2003, soit une augmentation de 250% !
Dans la liste nationale prévue pour les élections du 25 novembre prochain les femmes devront partager ce quota avec les jeunes de moins de 40 ans. Sur 90 sièges de cette liste, 60 sont réservés aux femmes et 30 autres aux jeunes. Les féministes jugent cet arbitrage comme «un recul» sur les efforts de l’Etat pour favoriser la représentativité féminine.

Femmes au pouvoir
Beaucoup reste à faire…
En 1997, le Roi Hassan II crée l’événement en nommant 4 femmes secrétaires d’Etat au sein du gouvernement Abdellatif Filali. Il s’agit de Nawal Moutawakil (Jeunesse et Sport), Aziza Bennani (Culture), Amina Benkhadra (Mines), Zoulikha Nasri (Entraide nationale). Ces dames seront les premières femmes ministres de l’histoire du Maroc. Depuis, le Maroc a connu 14 femmes ministres ou secrétaires d’Etat. Le gouvernement Fassi II détient le record avec 7 femmes ministres, dont deux secrétaires d’Etat. Dans d’autres postes à responsabilité, la femme est en train de faire tomber plusieurs bastions masculins. En 2003, Fouzia Imansar devient la première femme directrice d’une Agence urbaine et ce, dans la très sensible Casablanca. En 2006, elle devient la première femme gouverneur. Elle est nommée par le Souverain à la préfecture d’Ain Chock. Fouzia Zaâboul occupe depuis 2010 le poste stratégique de directrice du trésor et des finances extérieurs au ministère des Finances. Dans l’éducation, plusieurs femmes dirigent des Académies régionales de l’éducation et de la formation, dont Khadija Benchouikh à Casablanca.

 

Féministes Versus islamistes la guerre de réserves

Débat réalisé par Salaheddine Lemaizi

«Ces réserves n’ont plus lieux d’être.»

L’observateur du Maroc. Pourquoi êtes-vous pour la levée de réserves sur l'article 16 de la CEDAW?
A.Lotfi Nous considérons que la démarche du gouvernement de levée les réserves n’est qu’une formalité administrative entreprise tardivement. En effet, ces réserves n’ont plus lieux d’être. Elles ont même été levées dans les faits à travers notamment la réforme du Code de la famille qui, depuis 2004, consacre la coresponsabilité et l’égalité entre l’homme et la femme au sein de la famille, et la réforme du Code de la nationalité qui, depuis 2007, donne le droit à la femme de transmettre sa nationalité à ses enfants. D’ailleurs, cette décision a été annoncée à plusieurs reprises au cours de différents événements et la dernière en date est celle faite en décembre 2008 dans la lettre royale adressée au CCDH à l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Toutefois, nous signalons que le Maroc a maintenu ses déclarations interprétatives sur l’article 2 qui concerne l’abolition de toute forme de discrimination à l’égard des femmes et la mise en œuvre de mesures appropriées pour l’éliminer, et sur le paragraphe 4 de l’article 15 relatif au droit des femmes à circuler librement et à choisir leur résidence. Ces déclarations doivent être retirées pour être en harmonie avec les dispositions de la Constitution, qui garantit ces droits aux citoyennes marocaines.
L'égalité homme-femme est-elle possible selon vous ? Doit-elle se manifester dans les textes juridiques?
Nous considérons cette égalité nécessaire car elle vient normalement s’inscrire dans le contexte actuel du Maroc qui tend à l’édification d’un Etat où les citoyens et les citoyennes jouissent de tous les droits, sur le même pied d’égalité, condition sine qua non pour l’instauration d’une démocratie réelle. Elle est également possible d’un côté à travers l’arsenal juridique qui est le garant des droits, des libertés et des obligations de chacun, et d’un autre côté à travers une réelle implication des pouvoir publics dans la sensibilisation, à la fois des praticiens du droit et des citoyens, pour la concrétisation de ces droits au niveau de la pratique et des comportements.
Des thèmes comme l'égalité dans l'héritage ou la révision de la réglementation sur l'avortement doivent-ils être débattus ou revus?
Bien entendu. Toutes les questions qui ont une relation directe avec la vie quotidienne des citoyens doivent faire l’objet d’un débat social car les réformes législatives interviennent généralement lorsque les lois en vigueur ne peuvent plus répondre d’une manière adéquate aux problématiques sociales. D’ailleurs, toutes les revendications portées par les ONG de droits humains et de droits des femmes reposent sur le contact direct avec la société et la pratique du terrain qui démontrent des dysfonctionnements au niveau de la législation et révèlent de nouveaux besoins qui sont essentiellement le résultat des mutations sociales que connaît une société et, par conséquent, les lois doivent suivre ce mouvement.

 

«Cette décision menace le socle de la société marocaine.»

L’observateur du Maroc. Pourquoi êtes-vous opposée à la levée de réserves sur l'article 16 de la CEDAW ?
B. Karkouri. Notre opposition s’explique à deux niveaux. Premièrement, le volet méthodologique choisi pour appliquer cette décision. Alors que le contexte actuel favorise le débat, ce choix s’est fait dans un manque total de transparence. Cette décision gouvernementale est illégitime et illégale. La nouvelle constitution stipule que la ratification des conventions internationales doit se faire par le Parlement.
Le deuxième niveau qui justifie notre refus est celui du fond. Lever les réserves sur toutes les parties de l’article 16 du CEDAW créerait de sérieux problèmes pour les femmes et les familles. Cette décision menace le socle de la société marocaine. Surtout que le Maroc n’a pas accompagné sa lettre pour officialiser sa position par un argumentaire qui expliquerait sa compréhension de cet article en corrélation avec la législation marocaine. Chose que le pays a fait lors de la levée de réserves sur l’article 14 de la convention des droits de l’enfant.‏Cette précipitation est incompréhensible. Le gouvernement n’a pas démontré autant de détermination pour la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants. Ces deux poids deux mesures posent la question de la volonté réelle de servir les droits de l’homme au Maroc ou bien il s’agit de servir d’autres ‏orientations.
L'égalité homme-femme est-elle possible selon vous ? Doit-elle se manifester dans les textes juridiques ?
‏Oui, elle est possible. S’il s’agit d’une égalité construite autour de la justice et de l’équité et en complémentarité des rôles de la femme et de l’homme dans la société et la famille. Une égalité non mécanique et analogique éprise de conflits et de rivalités. Les réformes apportées sont le garant de l’égalité et jouent un rôle éducatif pour la société pour qu’elle intègre les valeurs de l’égalité. Sauf que j’ai peur qu’on aille trop loin dans ce sens. C'est-à-dire faire perdre à la femme certains droits comme la dot ou la pension alimentaire, qui sont une «discrimination positive» pour elle.
Des thèmes comme l'égalité dans l'héritage ou la révision de la réglementation sur l'avortement doivent-ils être débattus ou revus?
‏Pour l’héritage, il existe des textes clairs qui ne permettent pas d’interprétation ou de modification. Reste que chez plusieurs militantes des droits des femmes, comme l’ensemble des citoyens, existe une idée reçue que la femme n’hérite que de la moitié de ce qui revient à l’homme. Alors qu’en réalité ce cas de figure n’existe que dans quatre cas alors que la femme hérite plus que l’homme dans 16 autres cas. En résumé, l’Ijtihad, lui, est du ressort des savants.
‏La priorité devrait être l’absence d’application du droit d’héritage dans le milieu rural pour les femmes. Cette situation est liée à un héritage culturel machiste, qui considère que la femme et ses biens appartiennent à l’homme.
‏L’avortement mériterait une étude complète. Le but sera de trouver des solutions réalistes à une problématique qui se pose à nous. Sans adopter les solutions extrémistes que cela soit la prohibition totale ou la permissivité absolue

 

«Nous sommes tout le temps en croisade ! »

Nezha Hami Eddine Mazili Echairi Vice-Présidente de l'AFEM.

Entretien réalisé par Hayat Kamal Idrissi


L’Observateur du Maroc Quel constat faites-vous de la situation actuelle par rapport à l’accès des femmes aux postes de responsabilité dans notre pays ?
Nezha Hami Eddine Mazili Echairi. Nous sommes à des années-lumière de nos aspirations, nous les femmes. Etant, entre autres, experte genre, je mène actuellement une étude sur la place de la femme au niveau des postes de direction et de prise de décision dans les entreprises de droit marocain et dans les institutions publiques. Et il y a à écrire et à en débattre. Force est de reconnaître que l’accès des femmes aux postes de responsabilité, de direction et de décision est très difficile. Ceci, que ce soit dans le secteur privé ou public. Or le Maroc ne peut plus se permettre le luxe de se priver d’une partie importante de ses ressources.

L’entrepreneuriat féminin a-t-il réalisé une véritable évolution ?
Les femmes entrepreneurs ont réalisé, contre vents et marées, des progrès considérables. Cependant, le nombre d’entreprises créées par les femmes est à peine de 1100 unités, soit 1% de la population active, selon une étude réalisée, en 2010, par le ministère chargé des Affaires économiques et générales et par la GTZ allemande. Selon certaines estimations de l’AFEM, le nombre d’entreprises créées par les femmes a été multiplié par 3 durant les cinq dernières années. Or, durant leurs études, les femmes sont à 86% motivées pour créer leur propre entreprise. Cette volonté n’est pas traduite dans les faits. Nombreuses sont celles qui renoncent à leur rêve et à leur projet pour une multitude de raisons. Soulignons que les entreprises créées par les femmes sont en majorité des TPE qui évoluent en grande partie dans les secteurs dits «féminins», comme la communication, le conseil, la couture ou l’artisanat. Il faut rappeler aussi que la TPE est réputée comme étant un vivier d’emplois, de création de valeur ajoutée et aussi un espace favorable à l’innovation et à la créativité.

Quelles sont les entraves qui bloquent l’accès des femmes aux postes de décision dans le domaine économique ?
Elles sont légion. Commençons par le plus pernicieux : l’analphabétisme qui frappe de plein fouet les femmes. Et même quand elles réussissent à faire des études, elles sont les plus touchées par le chômage. Et quand elles réussissent à trouver un emploi et à le garder, quand elles veulent créer leur entreprise, elles butent sur d’autres obstacles. Je cite, pèle mêle, les entraves d’ordre culturel et leur cortège de préjugés et de stéréotypes, qui font de la femme «un être inadapté pour le monde des affaires». Ces stéréotypes inhibent les rêves et les projets des femmes et finissent, parfois, par entamer leur confiance en elles. Le fait, aussi, qu’une grande partie des entreprises créées par les femmes soient des TPE limite leur accès au financement institutionnel et restreint donc leurs chances de croissance. Sur un autre registre, il a été constaté que les femmes chefs d’entreprise ne savent pas investir les réseaux d’affaires et les exploiter. Au sein de l’AFEM, nous organisons, au moins une fois par mois, des rencontres pour diverses finalités, mais qui servent aussi de prétexte pour réunir les femmes chefs d’entreprise et leur permettre de développer des partenariats et des synergies.

Les lois et autres réglementations sont-elles capables de rééquilibrer la balance entre hommes et femmes dans l’entrepreneuriat ?
Nous le pensons fermement. Les quotas et la discrimination positive sont nécessaires. Ce n’est pas une charité, comme on peut le penser. C’est une façon de corriger une injustice vieille de plusieurs décennies. Nous constatons, à travers le monde, que là où les femmes ont enregistré des avancées considérables, leurs efforts ont été soutenus par des politiques et des lois. Les premiers à légiférer la présence des femmes dans des postes de décision sont les pays scandinaves. Les lois mises en place vont jusqu’à criminaliser les entreprises qui ne respectent pas le quota fixé. Il y a deux semaines, l’Allemagne a fixé le quota de femmes aux postes de décision à 30%. Les entreprises françaises du CAC40 ont commencé à ouvrir leur conseil d’administration aux compétences féminines. Donc, encore une fois, nous avons besoin de lois et de politiques qui établissent des mesures temporaires pour limiter l’injustice dont sont victimes les femmes. Ces mesures sont dites temporaires, car elles visent à soutenir, pendant un temps limité, le projet de la parité. Après, c’est la méritocratie qui sera le critère d’accès à ces postes. Après le discours royal du 9 mars, l’AFEM a fait des propositions à la commission nationale chargée de la réforme constitutionnelle. Nous y avons insisté, entre autres, sur la nécessité de faciliter l’accès des femmes à des postes de responsabilité, notamment dans le cadre de la régionalisation. La nouvelle Constitution du Maroc a consacré le principe de la parité et insisté sur le rôle de la femme en tant qu’acteur de la vie de la cité sur tous les plans. C’est une avancée considérable. Mais le gros du travail reste à faire : œuvrer pour faire de ces avancées une réalité de tous les jours.  pour les instances qui œuvrent pour sa promotion.

Que fait l’AFEM pour changer les mentalités ?
Nous sommes tout le temps en croisade. Toutes les instances de l’AFEM sont motivées pour contrer les obstacles qui entravent le développement de l’entrepreneuriat féminin. Pour changer les mentalités, il faut du temps, mais nous ne baissons pas les bras. Nous organisons, assez régulièrement, des actions pour sensibiliser l’opinion publique et nos décideurs au rôle de la femme en tant qu’acteur économique actif, créatif et entreprenant. Nous avons sensibilisé les autorités de tutelle sur certains manuels scolaires où l’on voit Soumia qui aide sa maman dans la cuisine et Fouad qui regarde la télévision avec son papa. Ce sont des images qui transmettent des messages on ne peut plus clairs. En plus de ces actions, l’AFEM dispose de deux outils pertinents : l’Incubateur et Reprofilage, deux programmes qui accompagnent les femmes entrepreneurs et œuvrent pour l’insertion professionnelle des diplômées chômeuses, principalement, auprès de nos membres. En parallèle, l’AFEM organise et participe à des conférences, à des études et à des réflexions pour développer l’entrepreneuriat féminin en général. En cette période pré-électorale, nous avons demandé à certains partis politiques d’insérer dans leur programme des mesures valorisantes et incitatives dans ce sens.


Trublions en Jupons

Noura Mounib

Yasmina Baddou
Dans le clan des «Trabelfassi»
Octobre 2007, Mohammed VI confie le ministère de la Santé à Yasmina Baddou, la militante istiqlalienne. La nouvelle en choque plus qu’un. Comment une femme peut-elle prendre en charge un ministère de cette importance ? Bien qu’elle soit déjà détentrice du portefeuille de la Famille dans le gouvernement sortant, Yasmina Baddou dérange davantage lorsqu’elle prend les rênes du ministère de la Santé. Cette avocate au barreau de Casablanca est consciente que les défis de la santé au Maroc sont immenses mais tente tant bien que mal de réussir sa mission. Entre le problème des affectations des lauréats, les dysfonctionnements et la réorganisation du secteur, sans oublier la corruption, le management hospitalier ou encore la mortalité infantile, Yasmina Baddou ne sait plus à quel saint se vouer. Attaquée de partout, l’istiqlalienne tient le coup, se défend, mais ne réussit toujours pas à convaincre. Ses détracteurs s’attaquent même à sa vie privée en divulguant des photos intimes de ses deux filles sur Internet. Elle est au fond du gouffre. A la naissance du mouvement du 20 février, Baddou est davantage agressée pour le fait d’appartenir à la famille Fassi El Fihri (elle est l’épouse d’Ali Fassi El Fihri, Directeur de l’ONEP et Président de la FRMF), que pour ses fonctions. Invitée d’une émission sur 2M, l’avocate enfonce le clou lorsque le présentateur lui pose la question au sujet des protestations contre sa belle-famille en répondant «Ben quoi ? Voulez-vous que nos enfants chôment ?». Yasmina n’est pas au bout de ses peines…


Milouda
L’amie des prostituées
Tout commence par un reportage de l’AFP sur une campagne de sensibilisation coordonnée par l’ALCS, visant surtout les travailleurs dans le transport routier. Le point fort du reportage est celui d'une séance de sensibilisation au profit des travailleuses du sexe. Milouda, une jeune voilée militant à l’ALCS, n'a pas hésité à faire une démonstration en mettant le bout de latex dans un godemichet au moyen de sa bouche dans le but d'encourager les bénéficiaires d'imposer à leurs clients le préservatif. Pendant un bout de temps, sur Facebook et Youtube surtout, on voit seulement cet extrait de quelques secondes, d'un reportage de plus de 2 minutes, avec des titres du genre «Voilà comment on fait de la sensibilisation contre le SIDA». Résultat : Campagne de diffamation envers la dame de la part de certains internautes. Les images ont même été reprises en Une d’un quotidien arabophone. Cette militante, qui fait le tour des différentes régions du Maroc pour sensibiliser les professionnelles du sexe aux dangers du sida a été forcée de s’exiler en compagnie de sa famille hors de Casablanca à cause du lynchage et des insultes dont elle était victime. Malgré le soutien de la présidente de l’ALCS Hakima Himmich, Milouda est attaquée de partout. Pourtant, elle assure lors d’une réunion tenue par l’ALCS qu’elle est convaincue de l’utilité de son travail sur le terrain et que ce ne sont pas les quolibets qui la feront changer d’avis. A présent, Milouda continue son militantisme sur le terrain et continue de distribuer des préservatifs aux prostituées.


Latifa Ahrar
Le courage dans la peau
Le 13 octobre 2010, Latifa Ahrar, comédienne, scénariste et interprète surprend les spectateurs qui assistaient à sa dernière pièce théâtrale «Kafr el Noam Otto – Siratt» à Marrakech en entreprenant de se déshabiller sur la scène dans un show plein d’audace. Latifa garde ses sous-vêtements, devant un public marocain de différents âges et sexes, mais surtout pour qui les expressions corporelles et la nudité dans le théâtre sont une culture étrange. Ce spectacle, qui n’était pas du goût de tout le monde, aurait même poussé une partie du public à quitter la salle. Depuis, de nombreux internautes, jugeant ostentatoires les agissements de Latifa Ahrar, se sont déchainés sur différents forums et sites d’informations. Sur une page Facebook dédiée à la comédienne, les commentaires de ses fans s’opposent. D’un côté ceux qui ont été indignés par sa représentation, et de l’autre, ses fervents défenseurs, qui ont appelé à soutenir non seulement Latifa Ahrar, mais aussi son art. Pour répondre à la polémique suscitée, l’artiste se dit prête à rééditer la prestation de Marrakech devant les caméras, parce que pour elle l’art est une science, et elle est «ouverte à toutes les expériences». Et vlan !

Najat Anouar
L’anti-hchouma
Choquée par la clémence d’un verdict prononcé contre un pédophile, responsable de la mort d’un jeune garçon de 3 ans en 2004, Najat Anouar crée «Touche pas à mon enfant». La première association marocaine dédiée à la lutte contre un phénomène jusque-là tabou. Depuis, cette juriste et mère de famille se porte partie civile dans la plupart des procès de pédophilie au Maroc et crève l’abcès d’un phénomène qui rongeait les familles qui préféraient se taire par peur du scandale. Najat n’y va pas par quatre chemins. Forte de son réseau d’avocats et de bénévoles, elle milite pour la protection de l’enfance, mobilise les médias et sensibilise l’opinion publique pour secouer les autorités. Bien qu’elle défende la catégorie vulnérable des enfants, sa cause dérange à cause de la «hchouma». Aborder ouvertement la pédophilie au Maroc n’est pas chose facile pour la juriste qui tente tant bien que mal de chasser les pédophiles et de faire bouger la justice contre cette déviance criminelle. Elle avait même attaqué la haute sphère du Maroc, la jugeant méprisante vis-à-vis de la société civile qui lutte contre les fléaux sociaux. Le 19 juin 2011, Najat Anouar pleure à chaudes larmes lorsqu’on évoque que des enfants abusés par le tourisme pédophile sont victimes du Sida.

Najat Aatabou
Une féministe engagée
En 1981, Najat Aatabou chante dans un mariage une chanson inspirée d’une histoire vraie : une de ses amies part en voyage, et à son retour son fiancé est mort. «J’en ai marre, j’en ai marre», psalmodie la jeune femme. Depuis, la vie de la jeune fille de Khémisset prend un autre tournant. Chassée par sa famille à cause du chant, elle quitte sa ville et s’installe à Casablanca. Le succès frappe à sa porte. Femmes trompées, jalouses, jamais soumises, telles sont celles qui peuplent l'univers des chansons écrites par Najat Atabou, qui fustige «l'homme qui ment toujours», inventant travail et réunion, ou celui qui abandonne son épouse enceinte en prétextant que l'enfant n'est pas de lui. Au passage, elle s'en prend aux maîtresses, et cela fait un tube, «Choufi Ghirou» (Cherches-en un autre). Pourquoi Najat dérange ? C’est surtout pour son audace. Elle dit les choses telles qu’elles sont et le public de la chanson populaire se retrouve dans ses chansons. Bien que son style et ses paroles aient choqué au début, les Marocains n’ont maintenant aucun doute que ses paroles ne reflètent que la stricte réalité. Ses chansons s’adressent aux femmes et aux hommes, même si son trait de féministe engagée apparaît dans tous ses albums. Najat Aatabou tient une sorte de courrier du cœur, s’inspirant des nombreuses lettres de femmes qu’elle reçoit. Et ça marche !

Nouzha Skalli
La militante du gouvernement
En 2008, l’imam d’une mosquée de Sidi Slimane prédit que Nouzha Skalli, ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité et membre du PPS, «sera paralysée». Un autre, à Casablanca, assure à son auditoire la volonté de la ministre d’attaquer les musulmans et l’islam. La raison de ces réactions ? La ministre féministe a eu l’idée de suggérer que l'appel à la prière matinale nuisait à la tranquillité et au sommeil des touristes. Selon elle, dans certaines régions, il durerait plus que prévu. Cela dit, elle avait demandé au ministre des Habous et des affaires islamiques, Ahmed Toufiq, de chercher une justification religieuse pour l'interdire, surtout dans les mosquées juxtaposées aux hôpitaux, aux hôtels et aux complexes touristiques. Cela a eu l’effet d’une bombe. Skalli a été châtiée par les islamistes. Certains ont même jugé utile de souligner qu’elle faisait partie «des 12 femmes qui ont été choisies dans le monde pour recevoir le Prix de la défense des droits de la femme par le Danemark, pays qui attaque l’Islam avec les caricatures du prophète» tandis que d’autres se demandaient comment «une communiste socialiste avait le droit de gouverner les musulmans». La militante s’est défendue et a estimé que cette campagne avait est menée par des individus gênés par son combat pour la promotion des droits des femmes. Lorsqu’elle évoque les tabous de la société, parle de la légalisation de l’avortement, aborde ouvertement le viol et l’inceste et défend les petites bonnes, cette pharmacienne de métier dérange davantage et se place en première ligne du collimateur des islamistes.

Nadia Yassine
Ennemie d’Etat
En 2005, Nadia Yassine, fille du cheikh Abdeslam Yassine, lui-même chef d'al Adl wal Ihsane, fait une sortie médiatique fracassante. Dans les colonnes de l’hebdomadaire «Al Ousbouia Al Jadida», elle déclare en vrac : «la monarchie n'est pas faite pour le Maroc», «les indicateurs montrent que le régime s'écroulera bientôt», «la Constitution est bonne pour la poubelle de l'histoire», «le PJD a été affreusement instrumentalisé par le Makhzen», «est-il nécessaire de s'accrocher à cette monarchie jusqu'à la fin des temps ?», «allons-nous mourir si nous restons sans Roi ? Je ne le pense pas»… Ces déclarations lui ont valu un procès qui dure toujours. L’intéressée n'a absolument pas nié ses déclarations. Elle persiste et signe. En juin 2011, des photos de la dirigeante la plus médiatisée du mouvement islamiste apparaissent, montrant une Nadia Yassine déambulant dans les rues d’Athènes au bras d’un membre de dudit-mouvement. La militante est en colère. Elle accuse «le Makhzen» d'être derrière la campagne, avec photos, orchestrée contre elle sur certains sites web et dans la presse. Nadia conteste l'authenticité de ces photos et menace même de revenir à ses anciennes positions politiques ! Dans une lettre publiée sur son site, Nadia Yassine écrit : «pour être pragmatique, je tente, depuis le 20 février, de respecter le seuil des revendications du mouvement actuel, sauf qu’aujourd’hui je suis convaincue que je dois retourner à mes premières convictions. Je ne craints pas de nouvelles poursuites et je demande que mon procès se fasse en public au lieu de subir des coups bas.» Affaire à suivre…

Noor
Femme jusqu’au bout des seins
Née homme, Noor a choisi de se transformer en femme et de réparer ainsi une erreur de la nature avant de devenir une grande star de la danse orientale dans le monde arabe. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, Noor, appelé anciennement Noureddine, assume son opération chirurgicale et espère ne pas être jugée. Né en 1970 à Agadir, le petit garçon androgyne découvre à l’âge de cinq ans qu’il a tendance à préférer les poupées au ballon rond. Dès son jeune âge, Noureddine est un passionné de danse orientale. Il passe son temps à suivre des films égyptiens et à se trémousser en imitant les gestes des plus grandes danseuses du monde arabe. Athlète à l’âge de 15 ans, Noureddine participe aux championnats du Maroc et se lance dans le cross-country. Il entame ensuite des études de stylisme et défile même pour les célèbres Jean-Paul Gaultier et Pierre Cardin. Il revient ensuite à son amour de la danse et prend des cours chez des chorégraphes de renom. Noor écrit ainsi son nom dans le ciel de la jet-set. Aujourd’hui maman, Noor est toujours Noureddine sur son état civil (la justice a refusé sa transformation), mais sa beauté, son courage et son talent font d’elle l’une des femmes les plus convoitées du monde arabe. Entre workshop, ateliers de danse et invitations, Noor présente un calendrier chargé et emboite le pas aux plus grandes étoiles du monde arabe.


Al Adl dégage

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La sainte alliance entre Al Adl Wal ihssan, les petits partis de la gauche radicale et les indépendants du 20 février vient d’éclater. Du moins à rabat. L’assemblée générale ordinaire du mouvement qui a été tenue lundi 25 octobre a marqué la séparation avec les islamistes. Ils ont eu droit, eux aussi, au fameux     «dégage». Les jeunes indépendants du 20 février ont enfin compris que les Adlistes veulent les utiliser pour leurs propres projets. C’était en tout cas prévisible.

Le mouton avant l’urne

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Il y a  fort à craindre que la campagne électorale de novembre soit perturbée par des considérations beaucoup plus triviales. Les citoyens pensent d’abord au mouton et aux divers frais qui accompagnent l’Aïd Al Kébir. C’est la principale préoccupation à l’heure qu’il est. Les soucis ne vont sans doute pas cesser au lendemain de la fête, puisqu’il faudra se serrer la ceinture pour amortir les dépenses. Les partis ont intérêt à être concis et précis dans leurs promesses. Les électeurs n’auront probablement pas la patience de suivre leurs discours.

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