Récit d’une violence scolaire ordinaire

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2012 commence mal dans le collège Halima de Casablanca. Et pour cause. Au sein de l’établissement en question, une enseignante de dessin est accusée de frapper ses élèves, et de les obliger à faire le ménage après chaque séance. En sus, les élèves disent avoir droit à des insultes en tous genres, surtout ceux parmi eux habitant l’ancienne médina, qui, selon l’enseignante incriminée, sont «des ignorants issus de familles miséreuses et de parents illettrés».
L’éclatement de cette affaire remonte à la fin de l’année dernière. Le 28 décembre 2011, les parents d’une collégienne tentent de rencontrer l’enseignante concernée pour exprimer leur mécontentement. L’enseignante les reçoit avec des compliments, vu que leur fille est une brillante élève. Sauf que les parents ne sont pas venus pour parler de la scolarité de leur fille, mais des plaintes de cette dernière envers son professeur. À ce moment là, l’enseignante pique une crise de colère et commence à les injurier en réclamant la présence de la police. A l’arrivée du commissaire de police, l’enseignante, le directeur et la surveillante générale, racontent la même version: les parents ont attaqué l’enseignante. Le commissaire ne se laisse pas berner par le trio, qui finit par reconnaitre avoir menti. Au final, l’enseignante s’excuse auprès des parents. Ces derniers, accompagnés du chef du district de la police, présentent quant à eux leurs excuses aux élèves pour leur avoir fait manquer plus d’une heure de cours.
Le lendemain, l’enseignante affirme à ses élèves et à ses collègues que les parents de l’élève plaignante sont en prison. La jeune fille, ses bulletins et ses autres enseignants en témoignent, est traumatisée par la tournure prise par les événements. Affaire à suivre…

Il était une fois à Casablanca Vanessa Paloma, une colombe sépharade

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Ses racines sont ici, ses ailes ont frôlé tous les ailleurs. Vanessa Paloma s’est posée comme une colombe venue d’Amérique sur les toits de Casablanca d’Afrique, apaisant de ses couplets mélodieux la métropole tourmentée.

Une colombe multicolore sur la ville blanche
Elle chante en ladino l’âge d’or de l’Andalousie maure, raconte, l’encre trempée de poésie, le Tétouan pluriel de ses ancêtres, évoque avec attachement sa Géorgie natale, la terre chrétienne de sa Colombie d’enfance, et me fait découvrir, des étoiles dans les yeux, les liens méconnus entre musique sépharade médiévale et mystique juive. Alors que la nuit tombe sur la ville blanche et que la mosquée Hassan II s’auréole de lumière éblouissante au clair de lune, elle me reçoit dans son appartement surplombant majestueusement le boulevard d’Anfa. Un calme bienfaisant m’enveloppe aussitôt le seuil franchi. Transportée dans un autre temps, une autre dimension, un autre lieu. Mille temps, mille lieux et mille idiomes à la fois. La bibliothèque du bureau est un univers à elle seule. Livres d’histoire du moyen-âge en français et manuels de liturgie en hébreu côtoient dans un joyeux entremêlement classiques de littérature hispanique et ouvrages américains sur les droits humains. Sur la table d'appoint, son dernier livre "The Mountain, the Desert and the Pomegranate: stories from Morocco and Beyond" (publié chez Gaon Books et nominé comme Best Book par New Mexico Awards), ode touchante à l'universalité, qu'elle s'apprête à traduire en français. Un peu partout dans la pièce trônent bibelots amérindiens et portraits de famille, clichés antiques du Tétouan cosmopolite de la fin du 19e siècle. Sur le sofa, une nappe aux couleurs arc-en-ciel croquant la vie d’un village colombien, brodée par la grand-mère, semble nous regarder avec bienveillance tandis que la petite-fille feuillette un album à la recherche d’une photo de son fils. Cinq générations en mots et en images. Elle raconte son passé riche, son présent comblé, ses rêves de futur dans un français métissé d’anglais «typically american». De temps à autre, lui échappent des expressions en espagnol. L’aide-ménagère apporte le café. Paloma s’adresse à elle en darija. Puis, le regard voilé d’émotion, se remémore la dernière hiloula en compagnie de feu Simon Lévy, le fondateur du musée du judaïsme de Casablanca, l’intellectuel militant et polyglotte avec lequel elle avait tant appris sur la cohabitation judéo-musulmane en terre marocaine. Ou encore sur les secrets de la Haquetia, mélange d’espagnol, d’hébreu et d’arabe parlé autrefois par les Israélites du Nord du Royaume. Et dont on retrouve encore des traces aujourd’hui chez les communautés juives de Tanger à Caracas en passant par New-York et Montréal.

La musique comme port d’attache, l’universalité en partage
Mille temps, mille lieux, mille idiomes et métiers à la fois. D’origine marocaine, du sang écossais dans les veines, Vanessa Paloma est américano-colombienne de naissance. Chanteuse lyrique et harpiste, spécialisée dans le répertoire judéo-espagnol, chercheuse, écrivaine et conférencière, elle est par ailleurs parfaitement hispanophone, anglophone, francophone, hébréophone, et s’est depuis quelques années initiée à la darija et au portugais. Vanessa Paloma l’universelle est tout cela à la fois. La richesse de son parcours est le reflet d’une ascendance érudite et cosmopolite, et le fruit d’heureuses rencontres. C’est en Géorgie, au sud-est des Etats-Unis, que Vanessa voit le jour, en 1971. De son père, anthropologue, et de sa mère, artiste, militants pour les droits civiques aux côtés de Martin Luther King, elle hérite de l’amour pour la liberté, la justice et la diversité. Alors qu’elle est âgée de 8 mois, ils déménagent à Bogota, en Colombie, le même pays où avaient émigré ses arrière-arrière-grands-parents en 1860, en provenance de Tétouan. Du haut de ses 3 ans, la voilà de nouveau suivant ses parents pour une année au Michigan, puis à Puerto Rico. C’est là, à l’âge de 8 ans, que commence l’idylle de la petite Vanessa avec l’univers de la musique et de la littérature: «Comme nous déménagions fréquemment, la musique et la lecture représentaient pour l’enfant que j’étais un moyen de m’affirmer et de m’enraciner, un port d’attache permanent que je pouvais emmener avec moi partout où j’allais». Sa voix, harmonieuse et profonde comme celle de sa grand-mère maternelle, lui disent ses proches, est très vite remarquée par ses professeurs de chant. Elle suit alors avec assiduité les cours intensifs de chorale, puis de piano au San Juan Children's Choir, avant de poursuivre ses études musicales, et de sciences politiques, à l’Université des Andes à Bogota : «J’avais 17 ans lorsque notre professeur d’histoire de la musique nous a fait écouter une chanson bouleversante sur la croisade albigeoise (1209-1229) contre «l’hérésie cathare» et la phrase tragiquement célèbre du légat du Pape Arnaud Amaury:  «Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens». ça m’a déchiré le cœur, moi qui ai grandi en paix dans un pays très catholique. A la même époque, apparaissait  la Kabbale dans le Sud de la France, dont on retrouve de multiples traces d’écrits au Maroc. C’est de ces éléments réunis qu’est née ma curiosité pour le Moyen-âge et sa musique en particulier». Rentrée aux Etats-Unis, Vanessa Paloma se spécialise en musicologie médiévale, décroche un master puis entame des études doctorales à l’Early Music Institute, Université d’Indiana. Actuellement, elle prépare un doctorat à l’INALCO sur la voix chantée des femmes juives du Nord du Maroc.

Moyen-âge, chrétienté des ténèbres et islam des Lumières
Alors que l’Europe catholique vivait sa période la plus obscure au Moyen-âge, pourchassant les esprits libres, l’Andalousie mauresque abritait l’âge d’or de l’Islam éclairé, oasis prospère de savants et de poètes juifs et musulmans, écrivant la paix et le futur, chantant l’amour, l’ivresse et les femmes. Une menace grandissante pour le pouvoir religieux, politique, social et économique, d’une Eglise médiévale hégémonique... Dans ses valises, au fil des changements de cieux, la maman de Vanessa a toujours conservé, aux côtés de sa photo devant la Porte de l’Inquisition à Carthagène des Indes, l’édit d’expulsion de sa famille d’Espagne en 1492, signé des mains d’Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, les rois catholiques de la Reconquista. Relique en papier froid d’un douloureux exil du cœur, «pièce à conviction» transmise de mère en fille. Pour ne jamais oublier, pour maintenir le lien aussi. «Auparavant, je voyais la religion comme une contrainte, elle ne m’intéressait pas plus que cela», se remémore Vanessa. Sa judéité, l’artiste se la réappropriera en terre sainte, lorsque, encouragée par un rabbin de Los Angeles, elle décide d’aller étudier la musique traditionnelle et le mysticisme hébraïque à Jérusalem : «A mon retour à Los Angeles, j’ai décidé de me focaliser sur le répertoire judéo-espagnol. Notamment sur la poésie en arabe et en hébreu de Grenade ou encore sur les Romanceros, chansons lyriques ramenées de Castille par les Juifs du Nord du Maroc». Ces recueils oraux, bruissant d’allégories et de métaphores recherchées, sont demeurés authentiques, reflets fidèles de la vie quotidienne sous l’Andalousie mauresque, avant d’évoquer la tragédie de la Reconquista, l’exil forcé, puis le refuge en Afrique du Nord, sans oublier la singulière et triste histoire des Marranes. On y retrouve ainsi les détails de la cohabitation interconfessionnelle, les liens intellectuels et spirituels entre Musulmans et Juifs, le rôle socioreligieux de la femme dans le foyer hébraïque, et jusqu’aux refrains populaires sur la jeune fille amoureuse, le mari infidèle ou l’épouse assassine. Les Romanceros, fredonnés par la gent féminine, étaient entre autres une façon poétique et subtile d’enseigner aux demoiselles la vie en société, une sorte de «Torah des femmes».

Atlanta-Bogotá-Casablanca, destination Tikoun
«C’est là que j’ai su l’infini trésor que c’était, ce dépôt formidable de mémoire collective représenté par la poésie et la chanson médiévale, le ladino ou la haquetia. Moi qui au quartier mixte d’Abou Thor à Jérusalem, ai vu la peur et l’animosité entre voisins juifs et non-juifs, j’avais compris le magnifique héritage de cette époque bénie», poursuit Vanessa Paloma. Dotée d’une bourse de recherche Fulbright (gérée par la commission maroco-américaine pour les échanges éducatifs et culturels), elle s’installe à Tanger en 2007 pour étudier de près les liens entre la poésie mystique de la synagogue marocaine (piyyut) et les chansons des femmes séfarades.  Elle trouve dans ses recherches de riches liens entre Marocains juifs et musulmans dans l’art, la musique, le chant, les traditions et les croyances qui influencent aussi son répertoire de spécialisation - les chansons féminines judéo-espagnoles. Emerveillement, lorsqu’elle dit avoir découvert que dans le Maroc du troisième millénaire, l’Andalousie médiévale des lumières se poursuivait toujours. Un bel exemple du vivre-ensemble et un legs indispensable aux générations futures. Son choix est fait : elle reste au Maroc.
«Profondément croyante, je suis convaincue que nous naissons au monde avec une mission et un don personnels. Des circonstances et des épreuves nous mènent à notre Tikoun, notre réparation générale. Le monde est imparfait, chacun de nous doit tenter d’apporter sa contribution, par ce qu’il possède, pour améliorer ce monde». Son Tikoun à elle, explique Vanessa Paloma avec une patience de professeur, c’est d’être une «penseuse» juive aux racines marocaines et à la vie publique intense, revenue pour préserver le patrimoine qui reste de cette cohabitation multiconfessionnelle et pour le faire diffuser, en faveur de la paix et de la compréhension de l’autre : «Le mur de la peur tombe avec la connaissance. Aux Etats-Unis, par exemple, je veux contribuer à briser l’image négative qu’ont nombre d’Américains israélites du monde arabo-musulman, qu’ils croient violent et judéophobe. Quant aux Marocains, il s’agit de leur faire réapproprier leur sublime culture plurielle et collective, qu’ils s’identifient à la fois comme Marocains, musulmans, juifs, berbères, arabes et andalous».

Mon époux, mon fils, ma mère, notre Maroc
Passionnément attelée à sa mission d’ambassadrice de l’art et de la mémoire sépharade, Vanessa l’artiste lyrique multiplie les concerts, tandis que Paloma la chercheuse du Hadassah Brandeis Institute continue à donner des conférences aux quatre coins du monde. Avant de retrouver, heureuse et comblée, son havre de paix, sa nouvelle ville d’adoption. Métropole blanche pour blanche colombe. C’est que c’est ici, à «Casablanca», nous confie-t-elle avec son charmant accent hispanique, qu’elle a rencontré l’amour, son époux Maurice Elbaz, producteur de musique, rentré lui aussi au bercail, et donné naissance à David : «On peut aller très loin,  mais on reste toujours connectés à nos racines et liés par elles. Ma famille a quitté Tétouan voilà 150 ans. Il a fallu que je revienne pour comprendre d’où venaient les recettes de cuisine de ma grand-mère». Elle couve son fils du regard tandis qu’il s’applique à manger proprement la soupe mitonnée par sa mamie, perché sagement sur sa chaise haute.  Après cinq générations de pérégrinations, la boucle est bouclée, retour de la lignée à la terre des origines. Marocaine, jusqu’à la dernière note.

Des jumelles sont nées

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Aurillac, 17 décembre 2011. En cette frisquette matinée de fin d’automne auvergnat, la coquette petite bourgade nichée au pied des Monts du Cantal, habillée d’un léger manteau de neige scintillant sous le lumineux soleil aurillacois, bruisse de joyeuses mélodies et d’éclats de rire chaleureux.

Marché de Noël, le Cantal, le Maroc et… le Pérou
A l’inauguration du marché de Noël, planté au cœur du square, vin chaud, châtaignes, truffade et foie gras raniment les doigts et les bout de nez transis par le froid. Des bribes de conversations en berbère du Moyen-Atlas et en darija casablancaise se mêlent gaiement aux plaisanteries en patois cantalou et aux présentations officielles en français châtié. C’est que, du haut de ses 640 mètres d’altitude, la capitale historique du parapluie abrite ce samedi une singulière rencontre, un jumelage réfléchi et attendu depuis quatre ans. Celui de deux communes cantaliennes, Aurillac et Arpajon-sur-Cère, avec la commune berbère d’Aït Ishaq. La délégation marocaine conviée spécialement pour l’évènement, et menée par Lahcen Aït Ichou, président de la commune d’Aït Ishaq, palabre avec les élus locaux. Aux côtés d’Alain Calmette, maire d’Aurillac, Jacques Mézard, sénateur du Cantal  et président du groupe parlementaire Rassemblement démocratique et social européen (RDSE), se tiennent d’autres acteurs politiques et sociaux connus de la cité géraldienne. D’ores et déjà à pied d’œuvre, Lahcen Aït Ichou et M’jid El Guerrab, président de l’association Atlas Réseaux Avenir, organisatrice de l’évènement, échangent leurs coordonnées avec l’animatrice du stand Solidarité Pérou, grande amoureuse de tapis berbères. Après une visite guidée dans les allées du marché couvert de la ville, où les invités marocains ont pu découvrir quelques secrets de fabrication du fromage, de la charcuterie et d’autres produits du terroir régional, les convives s’en vont partager avec leurs hôtes un copieux déjeuner aux saveurs de la gastronomie locale. Il est bientôt 15 heures. Rendez-vous est donné à l’Institut universitaire de technologie (UIT).  

Printemps arabe, France profonde et co-développement
Perché sur les hauteurs de la ville, non loin du château de Saint-Etienne, l’IUT d’Aurillac offre une vue imprenable sur la cité, son légendaire quartier Saint-Géraud et son église homonyme. Le thermomètre frise le zéro. Les participants à la conférence se pressent d’entrer. Parmi les conférenciers, Abdellah Bidoud, Consul général du Royaume du Maroc à Toulouse. Dans la tiédeur doucereuse de l’amphithéâtre, les débats autour du co-développement à l’aune du printemps arabe sont vifs et animés. Chargés, avec Lahcen Aït Ichou et Abdellah Bidoud de donner un aperçu du devenir du «printemps marocain» au lendemain de la réforme constitutionnelle et du scrutin du 25 novembre dernier, nous sommes interpellés par une assistance attentive et hétéroclite, entre les élus locaux, les acteurs associatifs de la région, des journalistes français, et des étudiants…  chinois. Si les avis des uns et des autres divergent autour de la lecture politique de «démocraties arabes en éclosion», tous sont unanimes sur le rôle crucial de la diaspora marocaine dans le développement de leur région d’origine de concert avec les forces vives restées au pays. On aimerait poursuivre cette discussion passionnée et passionnante, mais la nuit tombe sur Rue des Carmes.  Il est l’heure pour le Consul d’aller à la rencontre des ressortissants marocains de la région d’Aurillac, au centre culturel Pierre Mendès France. Jeunes et retraités, ils sont venus faire part au diplomate marocain et aux élus français de leurs doléances, dont celles concernant l’abattage rituel, le rapprochement des services consulaires ou encore la question identitaire chez les dernières générations de maroco-aurillacois.

Marocains et Cantalous à la fois
La cité géraldienne a du sang maure dans les veines... C’est le savant Gerbert d’Aurillac qui, avant de devenir le Pape Sylvestre II en 999, aurait introduit les chiffres arabes en Europe, ramenés de son séjour en Andalousie musulmane. Le département du Cantal compte quelques 3500 Marocains, enfants compris. La première vague d’immigration dans la région remonte au début des années 70. La communauté marocaine du Cantal, par son travail et son endurance, a réussi à forcer le respect, dans une société d’accueil essentiellement paysanne et rurale, reconnaissant à sa juste valeur le pain gagné à la sueur du front. Berbères du Moyen-Atlas pour la plupart, essentiellement de la région de Khénifra, rôdés à la dureté de la vie montagnarde, ils sont venus en effet travailler comme bûcherons, garde-forestiers, ou cultivateurs dans les forêts, la main-d’œuvre la plus sollicitée à l’époque dans le département. Au fil des ans, ils se sont ouverts à d’autres métiers, comme l’agriculture puis les services pour la troisième génération, voire la politique. Aujourd’hui, si, faute d’emplois dans une région vivant essentiellement de tourisme alpin et d’élevage, la plupart des jeunes d’origine marocaine ont, comme leurs pairs «français de souche», quitté Aurillac pour tenter leur chance à Paris et dans d’autres grandes métropoles, ils n’ont pas coupé le cordon pour autant avec leur Auvergne natale et y rentrent pour certains tous les week-ends. Cantalous sereins, les Marocains d’Aurillac et région gardent parallèlement un lien affectif fort  avec le Maroc, les fêtes sont célébrées dans la pure tradition du pays et la plupart des familles y passent leurs vacances.

Naissance gémellaire sur les rives de la Jordanne
Illuminé par des sapins géants brillant de mille feux, l’hôtel de ville, dont la grille d’entrée en fer forgé a été offerte par Feu Mohammed V, est quant à lui l’un des nombreux témoins des relations entre le chef-lieu du département du Cantal et le Royaume chérifien. Dans ses murs, une belle union est en train de se nouer, avec la signature, pour trois ans, du protocole de jumelage entre Aït Ishaq et les communes d'Aurillac et d'Arpajon-sur-Cère. Un projet qui sera notamment axé sur le transfert de compétences dans la santé, l’éducation et la culture  (voir entretiens annexes). Les hauts commis d’Etat de la région aurillacoise, ses élus locaux, les représentants de son tissu associatif et les journalistes des gazettes locales sont tous venus assister à la cérémonie. Un moment fort en émotion et en fierté pour tous ceux qui, aux côtés d’Atlas Réseaux Avenir, en France comme au Maroc, se sont battus pendant 4 ans pour convaincre les communes cantaliennes de la pertinence de ce partenariat humain et humaniste. La soirée s’achève en musique et en beauté dans une salle de fêtes réservée pour l’occasion. Dakka marrakchia, musique chaâbi, rôti berbère, caftans mordorés, thé à la menthe et cornes de gazelle. Un air d’Oum Errabii souffle sur la Jordanne…

Shopping dans un mall populaire

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Au souk Koréa à Casa, «l’bal» (du mot palette où sont transportés les vêtements usagés), ne connaît pas la crise. Même le lundi, les dénicheurs de bonnes occasions sont très nombreux, surtout des clientes en quête de griffe à bas prix.
En ce début d’après-midi, la vente à la criée reprend ses droits. Installés sur une table, des aides-commerçants vantent à vive voix les mérites de leur marchandise. Pour attirer les clients, les commerçants n’hésitent pas à citer les marques internationales qu’ils proposent à des prix modiques ne dépassant pas 20 DH.

Plus chère la vie
Dans ce brouhaha, Amina, venue avec sa fille Asmae, tente de trouver quelques jolies fringues pour compléter sa garde-robe et celle de sa fille. Cette dernière ne semble pas trop apprécier cette ambiance. «Il faut être patient pour trouver de grandes marques avec une bonne qualité», lâche Amina pour réconforter sa fille. Avant d’ajouter : «je viens à ce marché toutes les deux semaines et je ne suis jamais déçue. Pour 200 DH, je m’achète des choses qui auraient pu me coûter plus de 1500 DH». Cette femme au foyer et mère de quatre enfants ne cache pas que c’est la cherté de la vie qui la pousse de plus en plus à combiner entre vêtements neufs et usagés.
L’observation d’Amina se confirme par l’Indice du prix à la consommation, publié par le Haut commissariat au plan, pour le mois de novembre 2011. Les prix des articles d’habillement et des vêtements ont connu la plus forte hausse de tous les produits de consommation(+0,2%). En un an, les prix des vêtements ont augmenté de 1,6%, soit la 3e position (sur 12 produits ou services) des prix en hausse. Le succès grandissant de la friperie peut donc être interprété comme un signe d’effritement du pouvoir d’achat de la classe moyenne, mais reflète également le peu d’attrait des Marocains pour le «made in morroco», auquel ils préfèrent le «signé».

Segmentation et marques
«Nos meilleures ventes, on les réalise les week-ends», explique Hamid, vendeur de vêtements usagés depuis une dizaine d’années. Spécialisé dans les vêtements pour enfants, cet homme de 54 ans note un changement dans le type de clientèle de ce secteur. «Nos clients sont issus de classes plus élevées qu’auparavant. Ils viennent surtout pour acheter des vêtements signés», observe-t-il.
Ces mutations ont poussé les commerçants à segmenter les produits proposés selon leur qualité. Sur les tables, où les vêtements sont posés pêle-mêle, les commerçants parlent de «déchets» avec un prix compris entre 5 et 20 DH. Pour des articles triés et en bon état, il faut passer à l’intérieur du magasin et payer entre 40 et 100 DH. «On s’adapte au marché. Nos clients deviennent sélectifs et connaisseurs des grandes marques», affirme Kamal, un autre commerçant de Koréa. Cette segmentation se fait également en amont, chez les fournisseurs. Mais qui sont-ils ? Et d’où viennent ces centaines de tonnes de vêtements usagés qui circulent au Maroc ?

Derb Milan, capitale de la friperie
Pour remonter la filière de la friperie à Casablanca, le marché de Derb Milan au quartier Drissia est un passage obligé. À quelques mètres du commissariat de police du district et dans un centre commercial de ce quartier populaire, le plus grand marché de vêtements usagés en gros et en détail du Centre du Maroc a élu domicile depuis 2002. Sur place, les boutiques sont négligées et les commerçants ne prêtent pas attention à la présentation de leurs produits.
Pour ces grossistes, la vente en détail ne constitue qu’une petite partie de leur chiffre d’affaires, l’essentiel de leur activité se faisant avec des commerçants venus d’autres villes. «Ce marché existait depuis les années 70 avant de déménager dans ce centre commercial. Nous sommes les fournisseurs de friperie à Casablanca et ses environs», lance fièrement Azzeddine, jeune commerçant de 32 ans.
Dans les allées de ce mall en décrépitude, un mouvement incessant de personnes transportant des palettes de vêtements. Derb Milan constitue une escale entre Nador, chef-lieu de la contrebande des vêtements usagés au Maroc, et Casa, centre de distribution pour tout le Centre et le Sud du pays.

Nador, plaque tournante du secteur
Bien que ce type de commerce soit interdit et que les marchandises soient introduites sur le sol marocain illégalement, les grossistes parlent de leur circuit d’approvisionnement le plus normalement du monde. «Nos marchandises sont de la contrebande. Elles entrent de Melilla pour arriver à Nador. Depuis cette ville, les intermédiaires nous fournissent les quantités qu’on désire dans un delai de deux à trois jours», résume Azzeddine. Nador et sa région sont la plaque tournante du secteur de la friperie au Maroc. Avec aisance, les commerçants trouvent de la marchandise. Contacté par L’Observateur, un responsable douanier à la retraite reconnaît la difficulté de lutter contre ces réseaux. «C’est une grande bataille que livre l’administration de la Douane à ces trafiquants. Malgré les saisies importantes réalisées chaque année, ce combat est loin d’être gagné», confie t-il avant de préciser que selon lui le modus operandi des trafiquants est bien huilé. «Dès la sortie la marchandise de Melilla, des camions sont stationnés pour les transporter à Casablanca, soit en faisant un détour par Midelt soit directement par la route de Fès», précise l’ex-douanier.
Avec cette organisation infaillible, les grossistes répondent ainsi à une demande croissante dans les dix-huit points de vente que compte Casablanca, dont certains souks hebdomadaires comme souk Larbaâ situé au quartier Sidi Othmane. À Rabat, après le délogement du célèbre souk Laghzal, les habitants de la capitale se rabattent sur les commerces de Laghza à l’ancienne médina, le marché de Yacoub El Mansour ou Témara qui proposent de la friperie.
Pour Azzeddine de Derb Milan, «tenter d’interdire la vente la friperie est impossible. Nos marchandises répondent à la demande d’une clientèle dans le besoin comme à celle dont les moyens ne lui permettent pas de s’offrir des grands marques».

SITA EL BEIDA «Moul Zbel» en colère

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Devant la Cathédrale Sacré-Cœur de Casablanca, à l’entrée du siège de la société Sita El Beida, une trentaine d’éboueurs tiennent leur sit in en silence. Dans cette matinée ensoleillée du mois de décembre, ils discutent en petits groupes et suscitent la curiosité des passants sans pour autant attirer leur intérêt. Vêtu d’un gilet rouge et vert, à l’instar de ses collègues, Said, l’un des éboueurs en grève, n’est plus que l’ombre de lui-même. Du haut de ses 35 ans, il passe la nuit sous la pluie et supporte le froid de ce début d’hiver. Ce père de quatre enfants, dont un est handicapé, habite à Lehjajma et travaille depuis six ans chez Sita El Beida. Toujours pas titularisé, il décide, en compagnie de dix autres employés, d’intégrer le syndicat national des collectivités locales pour faire pression sur l’entreprise en question. Ni une ni deux, ils sont tous licenciés. C’est la goutte qui fait déborder le vase et qui pousse les 135 employés de Sita El Beida à organiser un sit-in, et ce depuis le 16 novembre 2011, pour dénoncer leur situation.

Surexploitées, sous-payés !
«Nous n’avons aucune liberté syndicale, sommes exploités et non titularisés. N’avions-nous pas le  droit de crier à l’injustice ?» se désole Said qui ne sait plus à quel saint se vouer pour subvenir aux besoins de ses enfants, de sa femme sans emploi et de sa mère âgée. C’est le cas de tous les éboueurs en sit-in qui prennent en charge leur famille, souvent nombreuse. Surexploités et loin d’être respectés, ils sont tous victimes de l’injustice qui continue au vu et au su des médias et des responsables. Ils ont même fait une grève de la faim de 3 jours et ont eu 5 cas d’évanouissement. En vain. «Imaginez que personne n’est venu nous demander pourquoi nous manifestons ou quelles sont nos revendications. On ne demande pas la lune. On exige que nos droits ne soient pas violés», ajoute le trentenaire. S’ils manifestent pour la réintégration des dix éboueurs licenciés, ils exigent également leur titularisation qui tarde à venir, leurs primes d’ancienneté qu’ils n’ont jamais touchées et l’augmentation de leurs misérables salaires… pour arriver au moins au SMIC. «Notre paie mensuelle ne dépasse pas les 1600 DH ! Nous sommes largement sous-payés. Sans parler évidemment de l’exploitation. On bosse de 8h du matin à 20h ! Plus de 10 heures de travail alors que le contrat en stipule sept. On travaille même les jours de fête, de crainte de se faire virer. Et la plupart nettoient de leurs mains, en l’absence de gants et de balais. Même sur nos bulletins de paie, on a un prélèvement de la CNSS et un autre de la Caisse de retraite. En réalité, ils ne payent rien de tout cela. On n’est pas déclarés ! Et dire qu’on est en 2011 ! Où sont les droits de l’homme ? Pourquoi nos droits les plus élémentaires sont-ils bafoués ? Ce conflit social nuit gravement à l’image du pays. C’est dommage», s’insurge Said.

Et le code du travail ?
Les éboueurs de Sita El Beida souffrent. Et ce n’est pas leurs conditions précaires et leur instabilité professionnelle qui diront le contraire. Ils ont pour la plupart sept ans d’ancienneté et travaillent au sein de l’entreprise depuis ses débuts en 2004. Sans titularisation, ils ont cumulé des contrats de mission temporaire depuis des années. Aujourd’hui, l’entreprise n’est pas disposée à régulariser leur situation vu qu’ils ont travaillé en sous-traitance via plusieurs agences de recrutements comme Tectra, Edeco ou encore Manpower depuis. D’ailleurs, les responsables de Sita El Beida assurent que seul Tectra détient leurs contrats et est apte à gérer leur situation, vu que ces manifestants ne sont pas considérés comme leurs employés et qu’ils ont juste répondu à leurs besoins spécifiques. «Est-il possible de répondre à des besoins spécifiques durant sept ans pour être finalement licencié ? A ma connaissance, le code du travail stipule qu’il est illégal de cumuler plus de deux CDD. Comment peut-on travailler avec des contrats de mission temporaire depuis des années ?» souligne Said. Le même code ajoute dans l’article 17 que «lors de l'ouverture d'une entreprise pour la première fois ou d'un nouvel établissement au sein de l'entreprise ou lors du lancement d'un nouveau produit pour la première fois, dans les secteurs autres que le secteur agricole, il peut être conclu un contrat de travail à durée déterminée pour une période maximum d'une année renouvelable une seule fois. Passée cette période, le contrat devient, dans tous les cas, à durée indéterminée. Toutefois, le contrat conclu pour une durée maximum d'une année devient un contrat à durée indéterminée lorsqu'il est maintenu au-delà de sa durée ». Aujourd’hui, Sita El Beida tourne le dos à la centaine de manifestants qui exigent leurs droits les plus élémentaires.

Enfin la solution ?
12 décembre 2011. Les manifestants reçoivent des promesses de dialogue de la part de Sita El Beida. Ils acceptent de mettre fin à leur sit-in en attendant du nouveau. Mais pour Said, c’est perdu d’avance. «Sita El Beida refuse de reconnaitre son erreur dans ce conflit. Comment pourrait-on trouver une solution? Même Tectra nous a tourné le dos. On n’a pas à qui parler», se plaint-il. En attendant le début du dialogue, les collègues de Said ont repris leur emploi sans pour autant lâcher prise. Leurs revendications restent les mêmes… dans l’attente d’un dialogue qui tarde à venir. La surexploitation continue…

Reforme de l’éducation Ce que propose le gouvernement de coalition

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L’échec des politiques publiques en la matière est rappelé dans les différents rapports internationaux traitant du cas du Maroc. Le prochain gouvernement devrait s’atteler à trouver le savant dosage afin de sortir de système éducatif de sa crise permanente. Mais que proposent les partis (PJD, Istiqlal, PPS et MP) qui composeront, fort probablement, la prochaine coalition gouvernementale sur ce sujet ?

Les idées du PJD
Le PJD, grand gagnant des élections du 25 novembre, présente dans son programme ses ambitions pour ce secteur. Fonder une école de l’excellence est un des cinq piliers stratégiques de son programme, ce qui passe par «une réforme réelle du système éducatif». En chiffres, cet engagement se traduit par la baisse du taux d’analphabétisme à 15% à l’horizon 2015 (contre 45% en 2011), puis à 10% en 2020, ainsi que par l’éradication de ce fléau chez les 15-24 ans d’ici 2015. Le PJD propose aussi des aides pour les élèves des 350.000 familles habitant dans les bidonvilles. Ces efforts devraient permettre au Maroc de se hisser à la 90e place dans le classement de l’IDH, le pays étant actuellement classé 130e.
Les outils du PJD sont la contractualisation des engagements entre l’école et le ministère de l’Education, la promotion de la culture de l’évaluation, la revalorisation du rôle de l’école comme lieu de transmission des valeurs et la mobilisation des équipes pédagogiques dans toute réforme.


Le lourd passif de l’Istiqlal
Le Parti de l’Istiqlal (PI) a une relation historique avec le secteur de l’éducation. Sur les 19 ministres et secrétaires d’Etat qui ont dirigé ce département depuis l’indépendance, la majorité est issue ou proche du PI.
Ezzeddine Laraki est le ministre istiqlalien de l’Education qui a le plus marqué par son empreinte le secteur. Pour le meilleur et pour le pire. Entre 1977 et 1983, il a lancé le projet d’arabisation de l’enseignement sur la base de quatre principes : unification, arabisation, généralisation, marocanisation.  
Trente ans après, le deuxième parti au Maroc, après le PJD, revient sur ce dossier dans son programme sur le bilan du gouvernement sortant. «L’abandon scolaire a accusé un net recul, passant de 5,4% en 2007 à 3,1% en 2010 (primaire), de 13,4% à 10,8 (collège) et de 14,5 à 9,2% (lycée). Cette politique volontariste a eu des répercussions favorables sur la scolarisation des enfants, puisque le taux de scolarisation a atteint respectivement en 2010, 86,5% (primaire), 64,6% (collège) et 36,2% (lycée)», explique le parti dans son document de campagne. Pour l’avenir, l’Istiqlal reprend les idées contenues dans le Programme d’urgence mis en place à partir de 2008 et rejoint de nombreuses propositions du PJD. Le PI veut aussi renforcer les cours de soutien au sein des établissements, aller vers la décentralisation du système éducatif grâce à plus d’efficience des Académies régionales, plus de contrôle sur la présence du corps enseignant et la création de filières spécialisées dans le sport et les arts dès le lycée.

Les ambitions du PPS
Le Parti du progrès et du socialisme (PPS), deuxième parti à avoir prononcé son «Oui» à une alliance avec le PJD, consacre 8 mesures, sur les 100 que comporte son programme, à l’éducation. Plus ambitieux que le PJD et le PI, le PPS vise une refonte globale de ce secteur. Son premier engagement consiste en la gratuité et l’obligation de la scolarité pour les enfants de 3 à 15 ans et un accompagnement matériel des élèves les plus démunis (transports, cantines, internats). Son deuxième engagement prévoit la refonte des curricula et des manuels scolaires ainsi que l’adoption de méthodes didactiques contribuant à l’acquisition de capacités d’analyse, de synthèse et participant à l’autonomie des apprenants, à l’éveil critique et à l’auto- apprentissage logique. La troisième promesse du PPS tient à valoriser le métier d’enseignant à travers une gestion décentralisée et participative des ressources humaines, en réformant le système de formation-recrutement et les parcours de carrière. Son quatrième engagement ambitionne d’organiser un système d’orientation assurant une formation adaptée à chaque personne.
Le programme du prochain gouvernement devrait être une synthèse entre ces propositions. Mais avant qu’elles ne soient traduites sur le terrain, ces idées doivent faire face à deux défis. Le premier est celui de la technocratie qui officie dans le département de l’Education nationale, et le second celui de la position des syndicats qui peuvent bloquer toute réforme en cas de non-adhésion au projet porté par le prochain ministre. Comme d’ailleurs ce fut le cas avec le gouvernement sortant qui a mené un véritable bras de fer avec les syndicats dès l’entrée en vigueur du programme d’urgence.

 

«Il faudra une nouvelle méthodologie avec plus d’efficacité.»
Bassima Hakkaoui, membre du bureau politique du PJD.

Entretien réalisé par S. L.

L’Observateur du Maroc. Comptez-vous enclencher des ruptures de fond dans le système éducatif marocain ?
Bassima Hakkaoui. Le programme du gouvernement de coalition lui seul peut trancher cette question. Au PJD, notre position est de ne pas faire de ruptures actuellement. S’il le fallait, il faudrait enclencher des décisions de ce type dans un deuxième mandat. Pour le moment, nous sommes dans une phase de transition qui requiert un gradualisme et une réforme en douceur du système éducatif. Les points de convergence entre les partis de la coalition devront déboucher sur une déclaration gouvernementale qui nous engagera dans ce dossier face aux Marocains. Ce qui est sûr c’est que la refonte de la gouvernance et la chasse au népotisme seront des objectifs centraux dans notre plan d’action  au niveau de l’éducation comme dans le reste des secteurs.
Le prochain gouvernement compte-t-il poursuivre les actions prévues par le Plan d’urgence ?
Ce qu’on dit rarement concernant le contexte de l’adoption de ce Plan, c’est qu’il est arrivé après l’échec de la stratégie poursuivie par l’intermédiaire du conseiller royal feu Abdelaziz Meziane Belfkih au sein de la Commission spéciale éducation-formation (COSEF) et est guidé par Charte nationale de l'éducation et de formation adoptée en 1999. Le constat d’échec a obligé les décideurs à revoir leur stratégie et concevoir le Plan d’urgence. Sur le fond, ce programme ne va pas être remis en cause. Par contre, les outils pour l’appliquer sur le terrain doivent être revus de fond en comble. Car s’il y a bien un consensus sur la réforme du système, il y a également un autre consensus de tous les acteurs sur le fait que les actions entreprises par le gouvernement sortant n’ont pas porté leurs fruits. Il faudra une nouvelle méthodologie, avec plus d’efficacité.
Pourriez-vous nous en dire un peu plus concernant la révision de la méthodologie de travail ?
J’ai donné un exemple en répondant à la précédente question. Le premier, c’est que le budget alloué à l’éducation nationale est important, il est de 50 milliards de dirhams. Cela dépasse toutes les attentes. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas pu réussir la réforme malgré ces fonds conséquents ? Il faudra trouver des réponses à cette question et revoir la manière dont l’argent a été dépensé pour que tout investissement profite à tous les acteurs du système, et en premier lieu à l’élève.

 

Le Maroc à la traîne

H.A
Selon le dernier rapport des IDH à travers le monde, le Maroc qui est classé parmi les pays à développement humain moyen, enregistre une durée moyenne de scolarisation de 4,4 années. Autrement dit, la majeure partie de la population est sous-scolarisée. Ahmed Akhchichen, le ministre de l’Enseignement, avait révélé que le taux de scolarisation des enfants dans le primaire est inférieur à 60%. Le Maroc reste encore loin de l’objectif de 100% en 2004 fixé par la COSEF. Par ailleurs, les statistiques sont encore alarmantes. Les élèves qui quittent l’école sont de plus en plus nombreux. Les problèmes dont souffre le système de l’enseignement sont variés. Jusqu’à présent, malgré les solutions proposées et les projets appliqués, des enfants ne vont pas à l’école et d’autres en sortent sans avoir décroché le moindre diplôme. La surcharge des classes, avec une moyenne de 41 élèves par classe, n’aide manifestement pas à capter l’attention des enfants et à les intéresser. Et pour corser le tout, l’opération de départ volontaire de la fonction publique avait amputé l’éducation nationale de 2.900 enseignants du primaire et secondaire. Déjà que le sous-effectif représentait un des plus grands problèmes de l’enseignement, les DVD ont aggravé la situation. Et pourtant, tous les gouvernements qui se sont succédé au Maroc avaient classé l’enseignement en priorité. Des projets de réformes ont été mis en place depuis 1975, revus en 1985 puis en 1995. La dernière réforme avait été élaborée en 1999. Et pourtant, le système éducatif ne répond pas aux ambitions du pays. Dans le sixième rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) avait classé le Maroc avec les pays incapables d’atteindre les objectifs fixés pour 2015. Ces derniers avaient pour but l’enseignement pour tous. Le Maroc se s’est ainsi retrouvé aux côtés de pays de l’Afrique subsaharienne, du Bengladesh, de l’Inde, du Népal, de la Mauritanie et du Pakistan. L’objectif de l’éducation pour tous à l’horizon 2015 a de biens faibles chances d’être atteint. La situation actuelle, caractérisée par la médiocrité des services éducatifs, malgré l’augmentation du budget éducatif et l’augmentation du taux de scolarisation, le fort taux d’analphabétisme, rend toute solution, sinon impossible, du moins difficile. Quand on ajoute à ces freins le coût élevé de l’éducation, on se retrouve devant de nombreux blocages. Si le Maroc veut augmenter ses indicateurs et offrir une éducation de qualité, il ne pourra pas faire autrement que d’allonger le budget réservé à l’enseignement. Il faudra recruter des enseignants, construire des écoles et agrandir celles qui existent déjà. Au moment où le Maroc s’apprête à expérimenter une nouvelle forme de gouvernance, promise par le Parti de la justice et du développement, le challenge est évidemment important. Toutefois, tout le monde le sait, le Maroc ne pourra pas augmenter ses dépenses sociales, dont les dépenses de l’enseignement, sans augmenter son produit intérieur brut. Autrement, il devra faire faire face à l’augmentation du déficit budgétaire, dans un monde où les financements souverains se font de plus rares et chers. La partie ne sera pas facile.

 

Une réforme fondamentale

Mouna Izddine
Les pédagogues sont unanimes, l’école primaire tient une place fondamentale dans le cursus de l’écolier. C’est de 6 ans à 12 ans que l’enfant, parallèlement à sa socialisation, est censé acquérir les bases nécessaires en mathématiques, arabe, français et histoire-géographie notamment. Ecole de l’éveil, le primaire est aussi le lieu où l’enfant apprend à développer imagination, sens du raisonnement, logique et réflexion. Autant de fondements indispensables pour un passage sans encombre au collège. Or force est de constater que l’Ecole marocaine est, dans la plupart des cas, très loin de répondre aux critères internationaux d’enseignement fondamental de qualité. Pire, par la dualité public/privé qui s’est installée depuis le début des années 80, l’Ecole assied et aggrave les inégalités, faisant le lit d’un fossé social grandissant. Infrastructures vétustes, classes surpeuplées, contenus anachroniques et outils pédagogiques obsolètes, absentéisme professoral, décrochage et abandon scolaire aberrants. Ou encore langue arabe dominante, alors que le français, et maintenant l’anglais, sont omniprésents dans le supérieur et dans le monde du travail. Et dans le rural, l’égalité des chances demeure une utopie pour les fillettes des douars enclavés. L’Ecole étatique est devenue synonyme de «mouroir pédagogique», auquel les parents essaient de faire échapper à tout prix leur rejeton, se saignant aux quatre veines pour le scolariser dans des écoles privées de plus en plus coûteuses. Mais combien de familles marocaines peuvent se le permettre et quel contrôle les autorités éducatives exercent-elles sur ces établissements ? En somme, oui aux écoles privées, mais sans école publique saine, point de société sereine ! A l’automne 2007, devant le retard inquiétant pris par la réforme de l’Education, le Roi a clairement signifié la nécessité d’activer son application. Le ministère concerné s’était aussitôt attelé à la tâche, élaborant un Programme d’Urgence 2009-2012 qui vise entre autres à rendre effective l’obligation de la scolarité pour tous jusqu’à l’âge de 15 ans. Décrié par l’opposition de l’époque, ce plan d’urgence sera-t-il poursuivi à la lettre par le nouveau gouvernement, ou Abdelilah Benkirane et son équipe apporteront-ils une vision radicalement différente de la réforme de l’Education? L’Ecole marocaine a plus que jamais besoin d’idées fraîches et de remèdes lourds pour la sortir de l’échec.

 

«L’Ecole est au cœur de la réforme, et c’est de là que cette dernière doit partir.»
Amine Sbihi, Membre du bureau politique du PPS, chargé de l’Education et de la Formation.

Entretien réalisé par Mouna Izddine

L’Observateur du Maroc. Le gouvernement à venir, auquel votre parti a accepté de participer, doit-il à votre avis poursuivre la réforme de l’Education entamée sous le mandat d’Abbas El Fassi ?
Amine Sbihi. La décennie initiée par Ismaël El Alaoui lors du premier gouvernement d’alternance a permis de répondre à un besoin urgent qui est la généralisation de l’enseignement primaire pour les enfants de six à onze ans. Cet objectif ayant été presque réalisé à ce jour, le grand défi actuel, c’est de faire en sorte que l’école améliore ses prestations aussi bien au niveau de la qualité de l’enseignement que de l’épanouissement de l’écolier. Dans cette optique, le Plan d’Urgence mis en place de 2008 à 2009 doit à mon avis être revu, car il a omis un élément essentiel. A savoir que l’Ecole est au cœur de la réforme, et c’est de là que cette dernière doit partir. C’est de cette manière uniquement, en partant de l’école, que l’on permettra à la réforme d’entrer véritablement dans les salles de classe. Il faut à présent mettre en place pour chaque école un projet d’établissement, contrat entre la communauté éducative de l’école et le département de tutelle. Ce projet doit être basé sur deux dispositifs prioritaires.
Quels sont ces dispositifs selon vous?
En premier lieu, il s’agit de mobiliser les moyens financiers adéquats permettant la mise en œuvre de ce projet et à la communauté éducative d’être motivée. Une telle approche nécessite une révision des textes organisant les établissements scolaires dans le sens de l’élargissement des prérogatives de l’école, permettant de responsabiliser chaque établissement, de lui procurer une autonomie à la fois administrative et financière. Cela suppose également que les délégations du ministère de l’Education nationale et les académies jouent leur rôle de suivi, d’encadrement et d’impulsion de ce projet éducatif afin de lui donner une convergence avec les objectifs de l’Etat.
Qu’en est-il de la formation des enseignants, souvent désignée comme responsable en partie de la situation actuelle ?
Justement, le second axe dudit projet porte sur la refonte absolue et totale de la formation initiale et continue des enseignants, car le modèle du maître unique capable d’enseigner aussi bien l’arabe, le français, les maths, l’histoire-géographie et la culture islamique a montré ses limites, mais aussi les ravages que cela occasionne sur la qualité de l’enseignement. Il faut réfléchir à une formation initiale autour de deux ou trois pôles de compétences. Chaque pôle formera des enseignants réellement plus spécialisés et mieux à même de répondre aux besoins d’un enseignement moderne.
Mais l’Ecole marocaine a-t-elle les moyens financiers de cette ambition ?
Oui. Pour cela, il suffit de faire en sorte que les ressources dont bénéficie l’Education nationale soient rationnalisées et utilisées de manière plus efficiente, en gardant à l’esprit qu’il y a aujourd’hui nécessité d’élargir les moyens dont dispose l’Etat en associant les collectivités locales à la gestion des établissements. Dans un premier temps, il s’agit de permettre aux communes de prendre en charge le gardiennage, le nettoyage, l’hygiène des établissements et le transport scolaire. Des sommes exorbitantes ont été mobilisées pour la mise à niveau physique et la rénovation des établissements scolaires tout au long de cette décennie, mais hélas en pure perte. En effet, l’absence de gardiennage et de travaux de réfection ordinaires ont fait que cet investissement est quasiment parti en fumée.

Etude Dure, dure… l’enfance de la rue

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Lors d'une rencontre de présentation des résultats préliminaires de l'enquête sur les enfants en situation de rue à Casablanca, Nouzha Skalli, ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité a souligné qu’un total de 89% de ces enfants sont de sexe masculin (262 garçons) et le reste (32) de sexe féminin, dont deux filles mères célibataires âgées de 15 et 17 ans. Précisant que les enfants qui fréquentent la rue mais qui dorment chez eux et ceux des institutions d'insertion et de sauvegarde de l'enfance ne sont pas considérés comme enfants de situation de rue. Pour le profil démographique, 84% des enfants en situation de rue à Casablanca sont âgés de plus de 15 ans, 14% ont entre 10 et 15 ans et 2% moins de 10 ans. La majorité des enfants recensés relève d'une catégorie d'âge sensible psychologiquement et socialement exposée à toute sorte de déviations possibles. Selon les résultats de cette enquête, l'agglomération est un lieu de polarisation et d'attirance pour les enfants en situation de rue de l'ensemble du pays, bien que 68% de ces derniers sont des Casablancais. Ils choisissent les lieux de squat et d'activité répondant le mieux à leurs besoins, notamment le centre-ville et les lieux de restauration et d'animation qui abritent 90% des enfants recensés. La durée de vie moyenne dans la rue est estimée à près de deux ans avec une variation allant de 23 mois pour les garçons à 27 mois pour les filles. Pour Nouzha Skalli, les résultats de cette enquête devront permettre la conception de réponses plus adaptées à la prévention contre ce phénomène.

Les margoulins de la santé

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Le jour de l’Aïd Al Adha, une citoyenne est tombée malade à quelques kilomètres de Casablanca. Le choix n’a pas été difficile à faire, la famille ayant choisi l’ex clinique Al Hakim, aujourd’hui baptisée Al Shifaa. Un choix qui allait se révéler lourd de conséquences. La malade a été admise en urgence et a été soumise à un diagnostic suivi de plusieurs prélèvements de sang et d’urine pour des recherches plus avancées. Comme la clinique était pleine, la malade a été placée dans une vaste pièce ouverte sur les courants d’air, qu’on nomme ici salle de réanimation. En fait de réanimation, la salle donnait plutôt l’impression d’un chantier en cours, avec des boxes non achevés, du matériel incomplet et des outils dispersés ici et là, comme dans tout chantier qui se respecte. Il y avait un autre malade abandonné dans un autre box où il n’y avait aucun matériel qui pourrait suggérer qu’il s’agissait d’une salle d’hôpital et encore moins d’une salle de réanimation. Le téléphone posé sur une caisse de menuisier sonnait sans cesse et d’une sonnerie à réveiller les morts. Après analyse, les médecins ont soupçonné une infection aux reins, mais affirmé qu’il n’y avait pas de calculs. Soulagement dans la famille. Mais la malade subit un nombre infini d’injections de toutes sortes. On lui a prescrit des antibiotiques et puis rien. Enfin, le médecin a décidé de la retenir pour la nuit. Où çà ? Dans cette même salle sans porte et sans fenêtres et où le téléphone sonne comme dans un marché à la criée. La famille a demandé que leur malade soit placée dans une chambre. Personne n’a cru bon d’accorder cette petite satisfaction à la patiente. Et puis, le plus cruel c’est lorsque l’infirmière de garde a branché le tuyau d’oxygène dans les narines de la malade qui n’en avait absolument pas besoin. L’intérêt de cette opération purement fantaisiste allait néanmoins apparaître lors de la présentation de la facture… salée. On y a facturé des antibiotiques, l’oxygène et la nuit passée dans une «salle de réanimation». Cela n’aurait pas eu de graves conséquences si l’hôpital avait décelé le mal et administré le remède adéquat. Le lendemain, ayant toujours les mêmes douleurs, la patiente est allée consulter un néphrologue. Et là surprise, le spécialiste a décelé la présence de calculs dont la malade pouvait espérer se débarrasser. Moins de 10 heures plus tard, tout était rentré dans l’ordre, plus de mal, plus de calculs, plus rien. La malade a alors eu l’impression d’avoir été grugée. Ces pratiques sont tellement courantes que tout le monde sait plus ou moins ce qui l’attend une fois entre les mains des cliniques privées. Mais des questions subsistent. Comment une clinique peut-elle utiliser une salle qui n’obéit à aucune norme comme salle de réanimation ? Qui contrôle le travail des cliniques ? De quel recours dispose le patient en cas d’abus ? Des questions qui restent sans réponse. En attendant, les cliniques, comme celle dont il est question ici, continuent à utiliser tous les artifices dont elles disposent pour s’enrichir aux dépens des malades.

Prénoms amazighs Interdits, encore et toujours ?

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L’histoire se passe à Rabat. La famille Amezgoune vient d’avoir un fils qu’elle voulait appeler Idir. Sauf qu’elle s’est vu refuser la demande d’inscription du prénom de son nouveau-né dans les registres d’état civil, sous prétexte que ce prénom ne figure pas sur la liste du ministère de l’intérieur. Lorsque les parents exigent de voir la liste de prénoms interdits, les autorités refusent. «L’agent de l’état civil m’a expliqué que les prénoms amazighs n’ont pas de signification, qu’ils sont intrus à notre identité. Mais l’identité marocaine a toujours été composite ! Comment osent-il encore dénigrer la culture amazighe ? C’est aberrant !», se désole le père Amezgoune.
Etablie durant l’époque de Driss El Basri, ex-ministre de l’Intérieur, cette liste avait pour objectif d’assurer que les prénoms donnés aux nouveau-nés respectent l’identité marocaine, arabe en particulier. Pourtant, bien que la culture amazighe soit désormais reconnue comme composante à part entière de l’identité marocaine, les prénoms berbères sont toujours interdis malgré la mise à jour périodique de la liste des prénoms.
Pour Ahmed Touahri, militant associatif, «même si la langue amazighe est désormais officielle, il est encore tôt pour que le terrain s’en rende enfin compte et l’applique sur tous les volets». Il précise que «même dans le cas des prénoms, on a besoin de temps pour que le ministère de l’Intérieur réactualise la liste des prénoms et que la Haute commission de l’état civil accepte les prénoms amazighs. C’est un travail de longue haleine et ça ne fait que commencer. Le fait d’officialiser la langue amazighe dans la nouvelle constitution ne mettra pas un terme à notre militantisme», explique-t-il. Aujourd’hui, les deux premiers alinéas de l’article 21 de la loi n° 37-99 relative à l’état-civil soulignent que le prénom choisi par la personne faisant la déclaration de naissance en vue de l’inscription sur les registres de l’état civil doit présenter un caractère marocain et ne doit être ni un nom de famille ni un nom composé de plus de deux prénoms, ni un nom de ville, de village ou de tribu, comme il ne doit pas être de nature à porter atteinte aux bonnes mœurs ou à l’ordre public. Le prénom déclaré doit précéder le nom de famille lors de l’inscription sur le registre de l’état civil et ne doit comporter aucun sobriquet ou titre tel que «Moulay», «Sidi» ou «Lalla».
«Il est temps de se débarrasser de cette liste de prénoms. A moins qu'un prénom ne soit manifestement offensif ou choquant, ou porte atteinte aux intérêts de l'enfant, pourquoi empêcher une famille de déterminer librement un prénom pour son nouveau-né?», explique Touahri, qui s’est vu refuser le prénom «Titrit» à sa fille, âgée de six ans aujourd’hui. Ahmed a dû faire appel contre le refus en justice auprès de la Haute commission de l’état civil. Il a dû attendre le longues procédures d’appel et subir les délais bureaucratiques avant qu’on accepte enfin le prénom de sa fille. D’ailleurs, la commission a statué ces dernières années sur des dizaines de noms amazighs, européens ou autres prénoms non arabo- musulmans, en acceptant certains et en rejetant d'autres.
Touahri reconnaît qu’aujourd’hui le Maroc a pris des mesures pour la reconnaissance des droits culturels des Amazighs mais qu’il faudrait également que le droit des parents à choisir le prénom de leurs enfants soit reconnu. A bon entendeur !

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